ŒUVRES

COMPLÈTES

d’âmbroise paré.

PARIS. IMPRIMERIE DE BOURGOGNE ET MAUTfNET,

OEUVRES

( COMPLÈTES

D’AMBROISE PARÉ

REVUES ET COLLATIONNÉES SUR TOUTES LES ÉDITIONS,

AVEC LES VARIANTES;

ORNÉES DE 217 PLANCHES ET DU PORTRAIT DE L’AUTEUR ^

ACCOMPAGNÉES DE NOTES HISTORIQUES ET CRITIQUES ,

PRÉCÉDÉES D’ÜME INTRODUCTION

SUR l’origine et les progrès

DE LA CHIRURGIE EN OCCIDENT DU SIXIÈME AU SEIZIÈME SIÈCLE, ET SUR LA VIE ET LES OUVRAGES d’ AMBROISE PARÉ,

PAR

J.-F. MALGATGNE.

Labor improbus omnia vincit. A. Paré.

TOME TROISIEME.

V?'

3062 1

A PARIS,

CHEZ J.-B. BAILLIÈRE,

libraire de L’ACADEMIE ROYALE DE MEDECINE,

RUE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , 17.

A LONDRES CHEZ H. RAILLIÈRE, 219, REGENT STREET.

1841.

PRÉFACE

DU TROISIÈME VOLUM

Voici le dernier volume de cette nouvelle édition , et , si cette expression m’était permise , la dernière pierre du monument littéraire que j’ai voulu élever à la mémoire et au génie d’Am¬ broise Paré. Le piédestal aurait pu être plus digne de la statue ; le seul témoignage que je veuille me rendre, c’est que pendant deux années d’un travail assidu et opiniâtre, je n’y ai point épar¬ gné mes efforts. J’ai tâché autant qu’il était en moi, et dans mon introduction, et dans mes notes, de peindre ce grand homme au milieu de son époque , de mettre ses doctrines en regard des doctrines rivales , afin que les lecteurs , embrassant d’un coup d’œil le point de départ et le point d’arrivée, pussent mieux mesurer le chemin qu’il avait fait. A l’égard du texte , je n’ai rien négligé pour le rendre complet, exact, purgé des additions et des altérations étrangères ; et j’ose le dire avec confiance, c’est par surtout que cette édition l’emportera sur toutes les autres. Il n’est pas inutile de rappeler que la quatrième édition, publiée encore par Ambroise Paré lui-même, offre des lacunes notables ; in. a

.12X5

It

PRlîFACE.

que la cinquième , plus complète , présente déjà quelques alté¬ rations provenant des éditeurs posthumes ; que ces altérations ont été tonjours en augmentant jusqu’à la huitième, plus com¬ plète que les précédentes , et bien moins complète encore que la nôtre. Quant aux éditions de Lyon, qui avaient, je ne sais comment, usurpé une certaine réputation dans la librairie, elles peuvent être mises sur le môme rang que les plus honteuses contrefaçons.

J’ajouterai pour les chirurgiens qui citent Paré sur la foi des traductions étrangères , que ces traductions ne méritent qu’une médiocre confiance. Elles ont toutes été calquées sur la version latine, faite elle-même d’après la deuxième édition fran¬ çaise, et ne contiennent en conséquence que vingt-huit livres, y compris l’introduction ; quelques unes seul^ent y ont ajouté l’apologie et les voyages. Mais ce qui est plus grave, la compa¬ raison habituelle du texte français et du texte latin m’a fait voir qu’en un très grand nombre d’endroits, le traducteur avait pris des licences hors de toute mesure, sautant des phrases , des pa¬ ragraphes et jusqu’à des chapitres entiers, et glissant en revanche de temps à autre’de petites intercalations de sa fabrique ; j’en ai cité dans mes notes de nombreux exemples.

Le texte de Paré paraît donc véritablement ici pur et complet l^our la première fois ; complet dans sa rédaction définitive , pl^us complet encore par l’addition des variantes fournies par les quatorze éditions originales. Ces variantes ont offert quelquefois tànt d’intérêt et d’étendue, qu’elles ne pouvaient rester dans les notes ; c’est ainsi qu’on trouvera insérés dans le cours de l’ou¬ vrage, la dédicace du discours de la mumie, le fameux chapitre de V Antimoine, et surtout Za maniéré de extraire les enfans tant mors que viuans hors le ventre de la mere, qui ne tient pas moins de dix pages dans le second volume.

S’il m’est permis cependant de dire un mot sur mes propres additions , sans parler de mon introduction , qui prend à elle seule près d’un demi-volume, un exemple mettra à même d’en

PREFACE.

in

apprécier l’étendue. Les livres huitième , neuvième et dixième, qui commencent le second volume, occupent 289 pages, sur les¬ quelles les notes ont pris environ io5 colonnes. En faisant la juste part de la différence apportée par le caractère employé pour les notes , on trouvera qu’elles équivalent en réalité aux deux cinquièmes du texte qu’ elles accompagnent. Je n’ai assuré¬ ment déployé un pareil luxe d’annotations que pour les livres consacrés aux matières chirurgicales; et si j’ai fait ce calcul, c’est bien moins par une vaine ostentation que pour me préparer une excuse contre ce reproche d’ailleurs mérité, de n’avoir point épuisé la matière, et d’avoir laissé en arrière des faits et des idées qui auraient pu aussi être cités avec avantage dans celte revue générale d^a chirurgie du xvi® siècle.

Du reste , si fHKîn d’amasser et de mettre en ordre les ma¬ tériaux nécessaires à une telle entreprise avait un peu retardé l’apparition du premier volume , le second et le troisième ont suivi avec assez de rapidité pour que le premier seulement ait pu jusqu’à présent passer à l’examen de la presse médicale. Comme il ne renferme que très peu des livres chirurgicaux, c’est mon introduction surtout qui a attiré les regards ; et je ne sau¬ rais témoigner ici assez de reconnaissance pour la bienveillance unanime et les encouragements dont on m’a comblé. On n’a voulu voir en quelque sorte que le but que je m’étais proposé, et l’on a épargné les critiques à l’exécution. Quelques remarques utiles m’ont cependant été adressées. J’avais moi-même quelques faits notables à ajouter à mon premier travail ; et afin de mettre quelque ordre dans ces additions, je les diviserai en quatre par¬ ties, qui se rattachent, suivant la marche de l’introduction même, 1 à l’histoire de la chirurgie au moyen-âge ; 2“ à la biographie de Paré ; 3“ à ses écrits ; 4“ et enfin je consacrerai le dernier ar¬ ticle au récit de l’inauguration de sa statue sur l’une des places publiques de Laval.

§ I. Additions à l’histoire de la chirurgie au moyen âgé.

M. Bôzelmeris a relevé d’abord doux assertions émises dans mon introduction , pages xxiv et xxv, au sujet de Constantin l’Africain. Suivant lui, le Pantegni, qui est en vingt livres au lieu de dix, ne serait point un extrait de l’ouvrage d’Ali-Abbas , mais une traduction très complète et même plus longue que l’o¬ riginal. N’ayant pu me procurer alors le Pantegni, j’avais copié ces deux assertions , sous toutes réserves, dans le Dictionnaire historique de M. Dezeimeris lui-même. Aujourd’hui qu’il re¬ vient sur ce qu’il avait écrit , je m’en fie volontiers encore à sa rectification; cependant il y a une difficulté que je lui ai sou¬ mise et qu’il n’a point résolue ; c’est que dans le supplément de Grimer à X Aphrodisiacus de Luisini, le texte du Pantegni qui a rapport aux affections vénériennes non seulement diffère de celui d’Ali-Abbas , mais est notablement plus court , attendu qu’il n’occupe que trente-six lignes l’autre en absorbe soixante-une. La question a donc besoin de nouveaux éclaircis¬ sements.

A la page xxii , d’après Reinesius , j’avais rapporté à Gario- pontus le premier emploi de ces mots nouveaux adoptés plus tard par la langue médicale , cauterizare , gargarizare , etc. ; M. Dezeimeris les a retrouvés dans Théodore Priscien, queGario- pontus a copié en ceci comme en bien d’autres choses, ainsi qu’il a été dit.

Une discussion plus intéressante est celle qui concerne la personne et les ouvrages d’Albucasis. J’avais dit, pagecix, que l’auteur du Liber Seivitoris, id est liber xxviij Bidcasim Bena- benazerim, était Espagnol, et n’avait rien de commun avec le chirurgien Albucasis, dont nous possédons une Chirurgie en trois livres , plus une Médecine en quarante-huit traités fet non en trente ou trente-deux livres), altendu que le vingt-huitième livre en question n’a rien de commun avec le vingt-huitième

PRKFACE.

traité de ce dernier ouvrage. M. Dezeimeris m’a fait observer d’abord que, depuis les recherches deCasiri, on savait qu’Al- bucasis était à Alzahara, près de Cordoue , ce que je ne sau¬ rais accorder ; car j’avais lu fort attentivement Casiri , et n’y avais pas même trouvé l’apparence d’une démonstration. Mais M. Dezeimeris ajoute que mes deux Albucasis n'en font qu’un ; que ce vingt-huitième livre du Ser^iteu?' est la dernière partie d’un grand ouvrage comprenant ainsi tout l’art de guérir, méde¬ cine , chirurgie , pharmacie ; et il a montré par un certain nombre de citations un rapport réel entre cette troisième partie et les deux précédentes. Bien qu’il reste à résoudre plusieurs difficultés, il faut avouer que cette hypothèse, si c’est une hy¬ pothèse , a quelque chose de séduisant ; et , sans être acceptée encore d’une façon définitive , elle appelle certainement toute l’attention des érudits.

A la page lviii , à propos de Richard et de Gilbert l’Anglais , j’avais dit qu’il y a moins de chirurgie dans ce qui nous reste de ces deux auteurs que dans le fJliiim de Bernard de Gordon, qui n’était certes pas un chirurgien. M. Dezeimeris assure au con¬ traire que l’ouvrage de Gilbert Jiest rien moins qiiun traité complet de médecine et de chirurgie, et même le plus complet que nous ait légué ce siècle. Je crains que M. Dezeimeris ne se soit ici laissé emporter un peu trop loin par un enthousiasme , d’ailleurs assez naturel, pour un auteur dont il a fait ur.e étude approfondie. Il a montré que Gilbert avait parlé des her¬ nies delà ligne blanche et des carnosités de l’urètre, ce qui fait remonter au xiii® siècle les premières notions do ces affections, auxquelles j’avais assigné une date bien postérieure^. Gilbert, d’après les mêmes recherches , aurait pratiqué de sa^ main le cathétérisme , le taxis et l’incision des hernies , la suture des plaies, etc. Malgré cela je n’ai pu me ranger cette fois de l’avis

J’ai retrouvé depuis la mention des carnosités urétrales dans les Arabes et jusrpie dans Rhasès.

VI PREFACE.

de M. Dezeimeris. Je n’ai pii en aucune manière retrouver dans Gilbert un traité complet de chirurgie. J’ai accordé facilement que Gilbert avait abordé plusieurs questions chirurgicales, comme Gordon , comme Arculanus , et bien d’autre*i ; mais , comme ces deux écrivains par exemple , il ne saurait être classé que parmi les médecins do son temps.

Je ne veux pas omettre de dire que M. Dezeimeris a fixé l’é¬ poque avait vécu Gilbert , et sur laquelle on n avait aucune certitude. Gilbert avait entendu, à Salerne, au plus tard vers le milieu du xiii® siècle, les leçons de Platearius (le jeune), de Jean de Saint-Paul, de Ferrari et de Maurus ; et c’est lui-même qui nous l’apprend.

Au xy" siècle , M. Dezeimeris m’a averti que j’avais donné à Arculanus deux procédés pour l’ectropion qui ne lui apparte¬ naient pas (voyez page lxxxviii). Cette critique est parfaitement juste pour le deuxième procédé, qui remonte à Celse; mais pour le premier, qu’ Arculanus donne comme sien , il lui appartient en réalité, bien que se rattachant à une méthode générale indi¬ quée également dans Celse.

Nous arrivons à Jean de Vigo, sur qui M. Dezeimeris avait donné , dans son Dictionnaire historique , des détails dont il n’avait pas indiqué la source. Il nous la donne aujourd’hui , et je ne saurais mieux faire que de transcrire tout ce passage. ^ a Ils sont pris d’une histoire du siège de Saluces, écrite par un témoin oculaire. Bernardine Orsello, l’ami intime de Battista de Bapallo, dans laquelle se trouvent des détails sur l’organisation du service médical et chirurgical de la ville assiégée. On y voit que Battista de Bapallo, chef du service chirurgical, avait sous ses ordres^quatre chirurgiens, dont un était son propre fils, Jean de Vigo.» Voilà pour la paternité de Battista et pour la date de i485. Quant à celle de c’est l’époque écrivait Or¬ sello ; or, dans le passage qui vient d’être cité , rendant hom¬ mage à l’habileté incomparable de Battista de Bapallo, il ajoute entre parenthèses : « La ville de Saluces regrette aujourd’hui

PRÉràCi.

VII

l’absence de ce grand homme , bien qu’elle ait le bonheur de posséder son fils, praticien aussi supérieur à ses contemporains par son habileté qu’il l’est par l’étendue et la variété de ses connaissances.»

M. Dezeimeris a fait voir aussi que le mode d’extirpation du cancer avec l’instrument tranchant et le fer rouge, dont j’avais fait honneur à de Vigo, se retrouvait très exactement dans Gil¬ bert, au XIII® siècle.

Ici se terminent les remarques dont je suis redevable à M. De¬ zeimeris ; il y avait joint quelques autres critiques, mais qui, ne me paraissant pas aussi bien justifiées , seraient inutilement rappelées ici. On pourra consulter à cet égard ses Remarques sur quelques points de l’histoire de la chirurgie au moyen âge, dans l’Expérience, numéro du 20 février 1840, et ma réponse dans le numéro suivant du même journal.

Mon excellent maître, M. Gama, a bien voulu me communiquer une note sur Gersdorf, insérée, avec un discours prononcé en 1 81 7 à l’hôpital militaire de Strasbourg, dans le troisième volume du Journal de Médecine militaire ; on la lira avec un grand intérêt.

« Je m’arrête avec plaisir un moment sur Gersdorf, disait M. Gama, pour lui rendre, devant ses compatriotes , l’hommage qu’il a mérité de la part des chirurgiens militaires. Il nous ap¬ prend lui-même qu’il fut d’abord élève de Maître Nicolas, sur¬ nommé le Dentiste, chirurgien du duc Sigismond d’Autriche, et avec lequel il s’est trouvé à trois batailles pendant les guerres de Bourgogne. Il se fixa à Strasbourg à son retour de l’armée. Son livre renferme plusieurs bons préceptes sur l’extraction des balles et autres corps étrangers engagés dans les plaies ; on y trouve des tire-balles fort ingénieux et bien faits. Une chose assez remar¬ quable, c’est que, au lieu de la suture alors en usage après les amputations , il avait déjà indiqué la réunion immédiate , sur laquelle on a tant disserté depuis quelques années. Je ne puis m’empêcher de relever ici une erreur dans laquelle Haller est

Vllï

Ï^uh-’ACK.

tombé âii sujet de ce chirurgien ; il le dit élève de Mulliart, et n’a pas vu cpie le terme allemand c’est-à-dire dentiste,

est un surnom qu’on donnait communément dans ce temps aux chirurgiens qui excellaient dans leur profession, comme d’autres surnoms étaient donnés aux individus de toute autre classe qui se faisaient remarquerpar quelque chose de particulier ; par exem¬ ple, Gersdorf avait le sobriquet de Schylhans, ou Schiel hans^ c’est-à-dire le louche. »

Moi-méme aussi , comme on peut le présumer , je pourrais ajouter ici d’autres remarques ; car c’est à la fois le regret et la joie des hommes qui s’adonnent aux études sérieuses, d’appren¬ dre toujours quelque chose, et, par une inévitable conséquence, de trouver toujours quelque chose à reprendre dans leurs travaux antérieurs. D’ailleurs, même à l’instant je tenais la plume, j’étais obligé de faire un choix parmi mes documents ; et bien vain serait celui qui, avec plus d’espace que je n’en avais à ma disposition, faisant l’inventaire scientifique de cette époque en apparence si déshéritée du moyen âge, s’imaginerait n’avoir rien laissé en arrière, et croirait sa moisson si complète, qu’il ne resterait plus à glaner. Toutefois, sauf quelques rectifications de détails semées à l’occasion dans ces trois volumes, et qui portent essentiellement sur des questions de priorité, je n’ai rien vu jusqu’ici qui vînt contrarier les faits historiques qui ont servi de matériaux à cette oeuvre, et les conséquences que j’en ai fait découler..

J’avais dessein de rectifier quelques fautes échappées à l’im¬ pression ; ainsi à la page lx, ligne 4, il faut lire Armengimdus Blasius ; page lxxiii, ligne 4, au lieu de les mesures, corriger les menaces ; mais ce sont les plus essentielles, et les autres seront faciles à rectifier par le lecteur.

Il est cependant une partie de mon Introduction les moin¬ dres détails demandaient à trouver place, et pour laquelle il est urgent de mettre en lumière ceux qui m’avaient alors échappé ; je veux parler de la biographie d’A. Paré.

PRÉFACE,

IX

§ IX. Additions & l'histoire d’Ambroise Paré.

J’ai dit qu’il était à Laval en 1517. Le hasard m’avait fait tomber depuis sur une traduction de la Jérusalem délivrée^ publiée à Paris en iSSg, par M. Bourlier. L’auteur signait ainsi sa Préface :

« Loms Bourlier ,

de Laval , Déparlement de la Mayenne , un des descendans d’Ambroise Paré , à qui la science médicale est redevable de la découverte de la circulation du sang, j)

Ceci, et quelques détails ajoutés plus bas sur la vie de Paré, témoignaient suffisamment que M. Louis Bourlier n’avait pas beaucoup ouvert les œuvres de son illustre aïeul ; mais il ajoutait enfin :

« Il était au commencement du xvi® siècle , dans le bourg Hersent, com ligu au bourg d’Avenières, je suis né, moi . »

Ce renseignement curieux était exact : je l’ai trouvé confirmé dans ce passage d’une lettre adressée à M. David par les notables de la ville de Laval, réunis en commission centrale pour l’érection d’un monument à la mémoire du grand chirurgien

« Vous serez curieux d’apprendre que la reconnaissance populaire a élevé depuis long-temps sa statue à Ambroise Paré au lieu même il naquit , dans le petit village du Bourg -Hersent , qui forme presque un des faubourgs de Laval. Nous avons tous le souvenir d’avoir vu long-temps, dans l’âtre de la cheminée du premier étage d’une maison en ruine , un buste placé en la mémoire d’Ambroise Paré ; et on voit encore aujourd’hui dans ce village , sur la façade d’une maison construite sur l’emplacement de la maison du seigneur au service duquel paraît avoir été attaché le père d’Ambroise Paré,

Notice sur le monument élevé à la mémoire d’Ambroise Paré, en la ville de Laval, publiée par les soins de la Commission. Laval, 1840.

X PRÉFACE.

on voit encore , disons-nous , un portrait qui paraît l’œuvre d’un peintre d’enseignes , et au bas duquel on lit cette inscription :

DANS CETTE MAISON EST AMBROISE PARÉ.

Quant à la date de sa naissance, il ne paraît pas qu’on ait dans le pays même aucun moyen de la fixer ; mais il y a une tradition perpétuée, dit M. le docteur Hubert, par de vieux manuscrits , qui à la vérité n’ont pas une authenticité bien constatée. Il eût été à désirer peut-être que la commission de Laval s’expliquât mieux sur ces manuscrits ; mais elle sp borne à la simple mention qu’on vient de lire, et s’en tient ensuite à la tradition.

« Suivant cette tradition , poursuit M. Hubert , Ambroise Paré serait vers l’année 1509 au petit village du Bourg-Hersent , près Laval , dans une dépendance de la maison seigneuriale du comte de Laval , et dans la domes¬ ticité de ce seigneur, dont son père aurait été le valet de chambre-barbier. »

Le narrateur passe sous silence les autres détails donnés par Percy; mais il conjecture que ce fut sans doute quand le comte de Laval, remarié en troisièmes noces en lûaô, conduisit, dans une des années suivantes, sa femme à la cour, que la famille de Paré suivit ce seigneur à Paris- J’ai dit, et ne veux pas y revenir, ce qui paraissait le plus certain. Une fois Paré loin de Laval, ses compatriotes le perdent de vue et n’ajoutent rien à ce que nous en savons; je ne veux pas omettre cependant une note curieuse de la notice déj à citée .

« La Commission avait espéré un moment pouvoir publier des renseigne¬ ments inédits sur la famille d’Ambroise Paré, et sur les premières années de sa vie ; elle avait découvert à Amsterdam un sieur Paré , ferblantier, qui se dit descendant direct d’Ambroise Paré , et possesseur de tous les papiers de famille ; mais comme il a refusé d’y laisser fouiller sans recevoir par avance une somme d’argent, nous n’avons pas cru pouvoir engager les fonds de la souscription sans savoir ce que pourraient amener ces recherches , et nous n’avons pas donné de suites à sa proposition. »

De ce peu de détails nouvellement recueillis , on ne saurait

PRÉFACE.

XI

tirer grande lumière. On voit pourtant qu’en réalité des membres de la famille de Paré ont émigré en Hollande ; mais est-il bien vrai de dire que la révocation de l’cdit de Nantes fut la cause de cet exil ? Dans tous les cas, l’exil n’aurait point frappé la famille entière; car outre M. Louis Bourlier, que nous avons vu tout-à- l’heure réclamer cette parenté glorieuse, Je trouve inscrit sur la liste des souscripteurs, le nom de mademoiselle Bourlier d’Aves- nières, sans doute de la môme famille, et celui d’une dame de Laval qui porte encore ce beau nom de Paré. M. le docteur Hubert, dans la notice déjà citée, nous apprend qu’on retrouve à Laval, depuis 174O) une famille du même nom dont les descen¬ dants portent pour prénom habituel le nom d’Ambroise, sans pouvoir établir aujourd’hui une filiation plus directe ; et que cette famille J avant la révolution de 1789 ^ était exempte décapitation et de l’impôt de gabelle, comme issue de notre grand chirurgien. Gomment donc M. Villaume, en parlant de la mission donnée à Lassus (et non à M. de LasuSe, comme il l’avait imprimé par er¬ reur) de rechercher à Laval les descendants de Paré, ajoute-t-il qu’il ne s’y en trouva point? M. Hubert rapporte à cet égard « qu’en i8o4» lorsque le professeur Lassus vint présider le jury de médecine à Laval, il était porteur d’une lettre du cabinet de l’Empereur qui lui enjoignait de rechercher à Laval les descen¬ dants de Paré, qu’il voulait honorer de ses bienfaits ; » mais il ne dit rien des résultats de cette recherche.

Avant d’abandonner ce qui regarde la famille, je dois dire que Claude Viart, beau-frère de Paré suivant M. E. Bégin (voir mon Introd. , page ccxxvii), est cité à plusieurs reprises dans les œuvres de Paré, notamment dans la grande Apologie, à la date de i585, et toujours sans aucun titre de parenté*

Nous avons vu que Paré avait d’abord été reçu maître barbier chirurgien ; et aux documents que nous avons réunis sur l’état des barbiers à cette époque est venue s’ajouter depuis une curieuse planche , insérée par M. Dusommerard dans sa grande et belle publication, ÏAlhum des Arts au moyen dge, et calquée sur un

XII PftIÎFACI’.

vitrage colorié du xyi*" siècle , représentant la boutique d’un barbier. Nous avons pu, grâce à l’obligeance de M. Dusommerard, étudier à la fois la planche et le vitrage ; en voici une description succincte.

Le sujet principal représente l’intérieur de la boutique; sur une chaise est assis un patient que l’on vient de saigner. La manche gauche de la chemise est retroussée jusqu’au coude, et repliée de façon à faire office de ligature ; d’autre ligature il n’y en a point. La piqûre a été faite vers le milieu de l’avant- bras; le sang sort en un jet magnifique ; mais, par un singulier oubli, le peintre a oublié de le colorier. Le malade embrasse de la main gauche un long bâton, dont le bout pose à terre ; procédé qui remplace avantageusement la bande ou lelancetier que l’on fait aujourd’hui tourner dans la main ; du reste, le procédé était déjà indiqué par Guy de Chauliac au xiv® siècle ; on le retrouve figuré par Scultet au xvif ; et enfin je l’ai encore vu mettre en usage par les barbiers de Pologne durant la campagne de 1 83 1 . Le barbier, debout à droite, reçoit le sang dans un bassin de cui¬ vre; la barbière, à gauche, tient un gobelet probablement rempli d’eau, pour donner à boire ou pour asperger la figure en cas de syncope. Du reste, barbier et barbière sont en grande toilette , la tête coitîée du béret noir avec double panache de plumes blanches.

La salle est éclairée par une fenêtre cintrée à six comparti¬ ments, garnie de carreaux arrondis maintenus par des bandes de plomb. Au-dessus de la fenêtre , pendent à la muraille cinq bassins de cuivre de différentes grandeurs ; au-dessus des bassins, dix poëlettes beaucoup plus petites et d’une grandeur uniforme. Sur un pan de la muraille à droite, tout-à-fait en haut, un bassin et une aiguière ; au-dessous, retenues par une bande de cuivre horizontale, trois paires de ciseaux et deux paires de rasoirs à lame pointue , à dos de cimeterre , comme ils étaient au moyen âge, servant à la fois à faire le poil et les incisions ; au-dessous, trois ustensiles peinls en noir, qui me paraissent être des boites

XIII

OU pennaroles suivant le terme de Guy, destinés à recevoir les instruments. Seulement, tandis que dans la trousse moderne les instruments ont leurs cases disposées sur le même plan, l’une à côté de l’autre, ici les cases sont superposées l’une à l’autre, de manière à donnera la boîte une notable épaisseur, et une forme comparable à celle des fontes les cavaliers plongent leurs pistolets. Du reste je me hâte d’ajouter que ce que je viens de dire de ces boîtes est pure conjecture ; car toutes les trois sont vides ; et Guy en parlant du pennarole n’a rien dit qui pût servir à en déterminer la forme. Enfin, toul-à-fait au-dessous, trois peignes également fixés à la muraille.

Sur le pan de mur de gauche se voient en haut cinq bocaux rangés côte à côte, et certainement destinés à contenir les on¬ guents. Au-dessous, et comme pour faire pendant à ceux de l’autre côté, cinq rasoirs entr’ouverts. Madame la barbiôre nous cache le reste.

Le compartiment supérieur représente une autre salle éclairée par deux fenêtres à carreaux arrondis, et tout autour de laquelle règne une large banquette adossée aux trois murailles visibles. A droite sur une chaise , est assis un client auquel on vient de faire la barbe, car le rasoir est encore sur la banquette ; le gar¬ çon barbier est occupé maintenant à lui couper les cheveux. A gauche est un autre client qui a subi, à ce qu’il paraît, la double cérémonie; car j’aperçois sur la banquette le rasoir, les ciseaux, un peigne simple et un peigne double ; je ne sais donc quel reste de toilette lui fait le garçon encore occupé à sa tête ; peut-être la lui lave-t-il avec une éponge. Ce qui me suggère cette conjec¬ ture, c’est quoie client est à genoux sur un espèce de prie-dieu, la tête au-dessous d’un vase suspendu au plafond, d’où pourrait bien suinter quelque liqueur odoriférante ; et le garçon a les bras nus jusqu’aux coudes, tandis que son camarade a gardé son haut- de-chausses. Tous deux ont le béret noir , mais sans panache ; et enfin celui de droite, chose assez curieuse, a une poëlette pen-

XIV

PRÉfACE.

due au côté gauche de la ceinture, comme une arme qui ne devait pas le quitter.

Le vitrage porte on bas la date de 1 669 ; et en caractères go¬ thiques, la signature de 3o0e Eid)U)iUfr.

Je reviens maintenant à Paré.

En i636 il partit pour l’Italie, et j’avais avancé, malgré les assertions hasardeuses de Devaux , que Thierry de Héry avait fait les mêmes campagnes. J’en ai trouvé depuis la preuve directe dans un passage du livre publié par Thierry en i55a , page i85. Thierry raconte qu’il passa les monts en 1637, et parle des ge¬ lures des soldats à peu près dans les mômes termes que Paré.

Rien à ajouter à l’histoire de Paré jusqu’au siège de Rouen , en i562. Mais vient se placer un fait d’une haute importance, resté en oubli jusqu’à ce jour , et pour lequel nous avons le témoignage de Paré lui-même. Après la prise de Rouen , il faillit être empoisonné dans un dîner, quelque compaignie ^ dit-il, en auoit quelques vus qui me hayoyent a mort pour la reli¬ gion ; et il n’échappa que par une présence d’esprit remarquable. Il avait raconté assez longuement cette histoire dans le livre des Rapports ào, l’édition de 1576 , mais il l’avait effacée de toutes les autres éditions postérieures ; nous avons soigneusement repro¬ duit cette précieuse variante, tome III , page 662. Quels étaient ces fanatiques qui faisaient venir ainsi le poison en aide à leurs opinions religieuses ? Paré ne les nomme point. Toutefois , le mot unique qu’il a laissé tomber de sa plume sur la religion , en prenant ce mot dans l’acception du xvT siècle, semble indiquer que les empoisonneurs étaient catholiques, et que Paré, alors du moins, était passé au calvinisme. Mais ceci admis, il faut donc qu’il soit retourné plus tard à ses croyances primitives, et je répéterai ce que je disais à la page cclxxxi : Il me parait incontestable que ^ du moins après la Saint-Barlhélemj ^ A, Paré faisait profession de la foi catholique.

Ici se terminerait ce que j’avais à dire de celte partie de TIn-

PRÉFACE.

XV

troduction, si je n’avais à rectifier un lapsus plumæ à peine concevable. A la page gclxiii , on lit que François II était le deuxième fils de Catherine; c’est fils aîné qu’il fallait dire.

§ IIX. Additions relatives aux écrits de Varé.

Je n’ai rien à ajouter à la bibliographie que j’ai donnée de ses ouvrages et de leurs éditions. J’ai bien vu indiquée dans \ Histoire de V anatomie de Portai, tome VI, page 817, une édition du Traité des playes d’ hacquebiites , qui aurait paru à Lyon , in-4'’, en 1572; j’ignore Portai a retrouvé cette date, mais il ne paraît pas avoir vu cette édition par lui-méme ; et très probable¬ ment il s’agit des Cinq livres de chirurgie publiés à la même date , mais à Paris et in-8" suivant Haller, édition sur laquelle je n’ai encore pu mettre la main , malgré toutes mes recherches.

J’ai oublié de dire que l’édition de i552, de la Maniéré de traiter les playes di hacquebiites , se trouve à la Bibliothèque royale , à celle de l’Arsenal et à la Faculté de médecine.

Pour le Traité de la peste de i568, je n’en connais qu’un exemplaire unique fort bien conservé ; il est à la bibliothèque Sainte-Geneviève , T . , 940 .

Relativement au texte de Paré , je commencerai par relever quatre fautes d’impression un peu plus graves que celles qui ne consistent que dans une lettre soustraite ou surajoutée , ou mise en la place d’une autre.

Dans le tome II , page 2 1 9, on lit à plusieurs reprises : le ca¬ pital des cautères; le mot propre est capitel, du latin capitellum.

Page deuxième colonne, ligne 29 : Hure troisième , des maladies traitant; lisez : liure troisième des maladies, trai¬ tant , etc.

Au tome III, page 54 1 , deuxième colonne, sixième ligne, quatre lettres ont sauté ; lisez : sont tousiours chancreux.

Accident semblable à la page 710, première colonne , der¬ nière ligne ; lisez : beaucoup de soldats.

XVl

l' R K F A Ci;.

Mais la plus grave do toutes ces fautes , celle que j’ai gardée à dessein pour la dernière , parce qu’elle donnerait lieu à un f⬠cheux anachronisme dans l’histoire de la chirurgie , se trouve ii la page 280 du tome II. On y lit l’iiistoire de Pirou Garbier, au¬ quel fut coupée la iamhe dextre quatre doigts au-dessus du ge- noüil; c’est quatre doigts au-dessous qu’il faut lire. A la vérité, l’erreur aurait été rectifiée par ceux qui auraient lu , deux pages plus loin , la grande note je montre qu’au xvi® siècle on n’osait faire l’amputation de la cuisse , ni môme peut-être celle du bras- La première mention que je connaisse de l’amputation de la cuisse ne remonte qu’à Fabrice de Hilden.

Quelques autres rectifications m’ont été imposées par une cir¬ constance dont je n’ai pas été le maître. En commençant mon édition , j’avais trouvé dans la bibliothèque de feu M. Richerand un exemplaire assez mal en ordre de la quatrième édition des couvres complètes; mais quand j’eus appris à M. Richerand la rareté et le prix de cette édition, comme dernière édition ori¬ ginale , il se sentit pris tout d un coup d’une telle tendresse pour son volume , qu’il ne voulut plus me le confier. Il en est résulté que , pour mon premier tome et le commencement du deuxième jusqu’au livre des Playes d’harquebiises , je n’ai pu indiquer que rarement si tel passage manquant dans la deuxième édition fran¬ çaise , datait de la quatrième ou de la cinquième. Je vais rec¬ tifier à cet égard les notes qui en ont besoin.

NOTES TOME fREMlËR.

Page 26, corrigez ainsi la note ; Tout ce qui suit manque dans les deux pre¬ mières éditions.

Page 28, lisez ; Ici. dans la quatrième édition et les suivantes.

Page 30, première note ; On lit dans toutes les éditions originales.

Page 36 : Dans la quatrième édition et les éditions posthumes.

Page 46 : même correction à la note.

Page 53 ; m le onzième de la quatrième édition et des éditions posthumes.

Page 55, ajoutez à la note : Ce paragraphe en question est de 1585.

Page 76 : Dans les deux premières éditions et l’édition latine.

Même correction à la page suivante, et en général , excepté dans les notes

i'RÉFA.CE.

XVfl

que je rectifie ici, les premières éditions doivent toujours's* entendre des deux premières éditions françaises et de l’édition latine.

Page 266, j'ai signalé en note une amplification ajoutée au texte dans les éditions postérieures à la cinquième. Il faut dire de plus que ces mots mêmes, comme vue lozange à quatre cornes^ ne se lisent pas encore dans la quatrième édition.

Page 391, notes 2 et 3 : le paragraphe en question date de la quatrième édition ; et alors, comme plus tard, on y lisait le mot inferieure^ que je regarde comme une faute d’impression.

Page 400, première colonne : Cette citation se lit pour la première fois dans la cinquième édition.

Page 419, ajoutez à la dernière note : Le titre du chapitre en 1585 portait seulement : de la Tumeur du fondement.

Page 446, note de la première colonne : Il n’est fait mention des sangsues qu’à la cinquième édition.

NOTES DU DEUXIÈME VOLUME.

Page 5, dernière note : Ce paragraphe manque jusqu’à la quatrième édition.

Page 9 : Ce paragraphe date de 1585.

Page 10, note 3 : les dix figures se voient également dans la quatrième édition.

Page 11, première colonne : Ce paragraphe date de 1585.

Page 60, ajoutez : Elle date de 1585.

Page 70, deuxième colonne, note 2 : la phrase en question se lisait encore dans la quatrième édition.

Page 80: le paragraphe sur l’épilepsie a été ajouté en 1585.

Page 81, deuxième colonne ; Ce paragraphe date de 1585.

Page 91 : Ces deux histoires ont été ajoutées à la quatrième édition.

Page 108, note l : La date exacte de ce paragraphe est de 1585.

Page 129 : Ces mots : Ce qu’on n’auoit encores fait, n’ont été ajoutés qu’à la première édition posthume.

Page 138, première colonne : Cette histoire a été ajoutée en 1585,

Plus loin les notes sont exactes ; j’avais alors plusieurs exem¬ plaires de la quatrième édition entre mes mains.

J’ai un mot à dire de l’ordre que j’ai suivi dans l’arrangement des livres de la collection. Et d’abord il convient d’avertir le lec¬ teur que l’article consacré à cette question et à plusieurs autres , dans mon Introduction, a été sauté dans la table des ma¬ tières du premier volume. Il forme le § XX et commence à la iir. b

xvin

PRÉFACE.

page cccxxx. Or , on fera bien , pour compléter cet article , de recourir aux notes que j’ai placées au commencement de chacun des livres de la collection , et qui exposent avec plus de détail et les sources Paré a puisé, et les motifs de l’arrangement que j’ai adopté.

Il y avait cependant un travail général à faire sur les auteurs cités dans tout l’ouvrage ; au-devant de chacune de ses grandes éditions , Paré n’avait pas manqué d’en donner la liste , et elle comprenait 176 noms en ]585. Ces noms étant jetés au hasard les uns à côté des autres , il n’en ressortait rien pour l’intelli¬ gence du lecteur , et j’ai cru qu’on pouvait faire mieux. Laurent Joubert, dans sa traduction de Guy de Chauliac, rechercha et fit rechercher par plusieurs élèves et docteurs de Montpellier toutes les citations alléguées par son auteur , et en dressa une table merveilleusement significative pour ceux qui la savent lire. On voit en effet que pour édifier son œuvre , Guy a eu recours à cent autorités, citées ensemble jusqu’au chiffre de 3,299 fois. Cela suffit certes pour démontrer que l’autorité étaiialors la base prin¬ cipale de la philosophie chirurgicale ; que si vous voulez savoir quelle était l’autorité dominante , réunissez les citations des an¬ ciens, elles s’élèvent à 1 1 17, tandis que celles des Arabes vont à i4o4- Ainsi, malgré la prépondérance de Galien, le plus sou¬ vent cité de tous , c’étaient les Arabes qui faisaient loi , et c’est à juste raison que les chirurgiens d’alors étaient nommés ara- bistes.

Or, ce que Joubert avait fait pour Guy, j’ai voulu l’imiter pour Paré , et je ne m’en suis rapporté qu’à moi seul. J’ai donc parcouru ligne par ligne toute cette vaste collection, notant avec soin chaque auteur cité en témoignage, et le nombre de fois qu’il se trouvait cité. Le résultat donne au total 266 noms d’auteurs et 2,168 ci¬ tations ; démonstration suffisante de l’influence encore puissante de l’autorité , mais qui laisse entrevoir cependant sa décadence prochaine et déjà commencée. De plus , le règne des Arabes et des arabistes est passé; ils n’obtiennent pas tous ensemble

PRÉFACE.

XIX

200 citations , tandis qu’Hippocrate seul en a près de4oo et Galien encore davantage. Galien même a perdu de son pouvoir ; si on lui ôte le chiffre juste de loo citations parsemées dans les deux livres des médicaments et des fièvres , qui ne touchent pas à la chirurgie, et plus de 160 pour les livres d’anatomie, parties de l’art à peine touchées par Hippocrate , celui-ci reprend le dessus , et c’est avec juste raison que la chirurgie de cet âge peut être appelée hippocratique. J’ai supputé séparément pour Hippocrate et Galien les citations du deuxième volume , uniquement consa¬ cré à des matières chirurgicales; il y en a 228 pour le premier, 218 seulement pour le second. Rappelez-vous , pour mieux ap¬ précier encore ce résultat, la masse immense des écrits de Ga¬ lien ; et enfin , si vous ouvrez le volume au hasard , vous serez frappé de cette circonstance , que Galien est surtout cité pour les définitions et les théories , Hippocrate presque uniquement pour les doctrines d’application.

Pour rendre l’étude de cette table plus facile, j’ai séparé les auteurs en cinq grandes catégories , en suivant généralement les époques auxquelles ils appartiennent. Dans chaque époque j’ai essayé aussi de rapprocher ou par les dates ou d’après le caractère de leurs écrits , les chirurgiens , les médecins , les philosophes , les poètes , mais sans m’attacher à une exactitude qui eût exigé trop de travail pour trop peu de fruit.

PllKl'ACE.

LISTE DES AUTEURS CITÉS PAR A. PARÉ.

Nicanrlre. . . .

Iléropliilc .

Erasistralc. ......

jAsclépiadea ....

Antonius Musa. . .

Rufus . .

l’iiiloxène .

Soranus .

Archigène . .

’Cœlius Aurelianui AlArélée. ,

Écriture Sainte , auteurs juifs, et pères de l’Église.

Nombre de fois.

Ecriture saillie en géné¬ ral . 8

Moïse et les livres du

Peiilalenfjne . 23

.Tosué. . . . . 1

Jub . 4

Sairmel . l

f. ivre des Rois

David , Psaumes . i4^Alexandrc de

.•Salomon . . . al (Trallian)

Jésus, fils de Sirach, et jOribase...

l’Ecclésiaste . 5 Léonides..

Jérémie . 3 ^ Apollonius.

Jsaïo . . üPhilotinns.

Ezécbiel .

Amos .

Estlras .

Piouveau-Tcslament en

général . . .

.Saint Maltbieu .

S.aint Marc . . 4 Socrafe.

Saint Luc . 2 'piaion

Saint Jean . 4'cicéro

Actes des Apôtres

Hérodote .

Ctésias .

DioJorc de Sicile..

j.Tuslin . .

Tite-Live . .

Elien (Æli.an).... Valèro l’iiislorien. . llérodien . .

1 Mitbridates. . 1 ] Aeluarius . . . î Serenus .

iErapédocle. ] l’ylhagore. .

Saint Paul . . . 8 Marc Aurèlc.

Livre des Epbèscs (pro¬ bablement Epîlrc aux

Epliésicns) .

Epîlrc de saint Jacques.

Josèpbe .

Eusèbo .

J.aclancc .

Sénèque . 3

ILcs Stoïques .

ISexlus de Cbéronée . . .

^ jPausanias .

^ |piiiloslrale- .

^ .Mare Varron .

^ Slrabon .

Ploloinéo..

Homère .

Hésiode .

Euripide .

Lucrèce .

Horace .

Catulle .

Ovide .

Lucain .

Perse .

Claudien .

Oppieu . .

Total. .

. iSgi

Saint Augustin . Aulugelle .

Total . 109 La loi des 12 tables..

lAristomacbus . .

Auteurs anciens.

Glirysippus. Crinilus. .

Hippocrate . 390 lAdrianus. ,

Gelse . 6i Stobée. . . ,

Auteurs arabes.

Les Arabes en général par opposition aux Grecs , dans le livre

des Fièvres . 7

Rhasès . 3

^ Jdem à Almansor . . . . 2

Ati-Abbas . 2

Isaac. . 1

Mesué . 10

Sérapion . 1

Avicenne... . 5i

Averrhoès . 3

Avenzoar . 1

Albucasis . ï\

Abdanalarach . 1

Total..

Galien . .353 Vitruve .

Aétius.... . . 66 Feslus .

j’aul d'Eginc . 5i .Héliodore,,

Aristote . 67 Solînus . . . .

Pline . 58 Macrobe ... ,

Dioscoride . 17 OEphadius..

Tliéophrasle. ........ 4 .Gassianus,, .

Plutarque . . . 19 |

96

Auteurs ardbistes ou du moyen âge.

Constantin . 1

Plalearius . . 1

Tlieodoric . . 2

Lanfranc. . . I

Arnaud .

Nombro de foie.

Gilbert l’Auglais . i

Gourclon . ic

Guido ou Guy de Chau-

liac . 2(

Nicolas de Florence. . . î

Valescus de Tarenle. . . J

Pierre d’Apono , ou le

Conciliateur . i(

Pliilonius (probable¬ ment le Philonium de

Valescus ) . .

Pierre d’Argelata .

Arculanus .

Total. .

66

i5l

Auteurs de la Renaissance.

Jean de Vigo . 25

Marianus Sanctus .

Antonius Benivenius.. . AlesLaiuler Benediclus.

Symphorianus .

Nicolas Godin .

Paracelse .

Trgaut .

Fuclisius .

Langius . 4

Maggius .

Cornarius. . . . . ..

Vidus Vidius .

Nicolas Massa ....

Ainalus Lusilauus,

Cardan .

i‘ ernel . 1 5

Jacques Sylvius . iSj

Coluuabus

Vésale .

Fallopius . i4

Rondelet . 25

Ingrassius . . .

Houlier .

Duret .

Manardus . .

Montanus .

Delacorde .

Gorrobus . . .

Léonellus Faventinus.

Valleriola . 4'

Estienne de la Rivière..

Gesnerus . 7

Lecoq .

Thierry de Iléry .

Franco .

Botal .

Calmethèe (Gbauuictle).

Joubert .

Dalechamps . . .

Andréas dclla Cruce.. .

PREFACJ-.

Nombre de foie

Rousset . (

Jean Wier ou Vierus. . l

Philippe Foreslus . i

RembertDodoeus (qu’il appelle Dodonay et de

Doufly) . I

Cornélius Gemma . i

Savonarola . ]

Jordanus . i

Vassée . ;

Caslellan . !

Gourmelin (sans le nom¬ mer, dans l’Apologie), i

Courtin . !

Fier-à-Bras . .

Christophe Landré. ... (

Lepaulmier ( sans le

nommer ) .

[Simon de Valembert. .. :

’Wolff ( Liber gynœcio-

rum ) . .

Jacques Rueff .

Nicole du Haut-Pas. .. .

Simon de Provanchie-

Liébaut . . .

Jacques Grcvin .

Belon .

André Baccy .

André Marin .

Albert. . . . .

Sébastien Munster . ..

Nicole Naucel .

Volatcrran .

Antoine Mizault .

Claude Tesserant .

Lycoslhènes .

Cœlius Rhodiginus . . . Jovianus Pontanus. . . . Loys Lavater. . . ..... Jean de Marconîille.. .

Duhaillan . '. . . . .

Lopez , Espagnol .

Benzo, Milanais .

[Mariinus Cromerus. . . Franciscus PicusMiran-

dula .

üamascène) .

Diphile. . .

Mathias Coruax .

Egidius Hertages .

Paul Gi’illant .

Pierre de la Palude ....

Martin d’Arles .

Facellus . .

Abraham Orlelius.. . . . Mclchior Guillaudin Be-

- , Nombre de foie

Jean de Léry . s

Lucio Maggio . ,

Julius Obsequens.. .. i

Miliehius . i

Egnatius . . .

Baptiste Léon .

Loys Celléc .

Levimis [jcvinius . 1

Matt. Sylvius .

Jean Léon ou Leon l’A¬ fricain . <

Jean Papou .

Jacques de Fouilloux. .

Pierre Boaistuau . ï

Alexander ab Alexan-

dro . . .

Pierre Gilic .

P. Rhodicn .

Bodin . .

Julius Poilus .

J. -B. Théodose .

Pierre Messie .

George Agricola .

Lapopelinière .

Apollonius Menabeniis.

Olaus Magnus .

^ ndré Thével . 2

Mathiole . 5

Massurius .

Nonus .

ibriel du Préau .

Philippe de Mornay. . .

Erasme .

Claude Paradin .

Philippe Ulstade .

and Pouzet. . Loys de Berth irae. . . . Garcias ab llortoou du

Jardin .

Metrius . .

Aloysius Cadamustus. . Ænéas Sylvius Piccolo-

nimi .

Polydore Virgile .

Otho .

Hector Boétius .

[Marc Pau! . .

Vloustrclet .

Philippe de Coinines.

Saxon l’hûtorien .

Fulgose .

Alvarez .

Dubartas .

Bonsard .

Tottil .

Total général,

5o5

2iG8

XXII PRÉFACE.

Enfin , je terminerai cet article par le sonnet que Paré avait placé lui-même en avant de ses éditions complètes ; le texte actuel est de IÔ79 et n’a pas été changé depuis; mais je donnerai en note les variantes de l’édition de i575,

SONNET DE L'AVTEVR.

Ce liure maintenant que ie îmets en lumière ,

De mon art Theritier, contient tous les secrets Que iadis bien au long les Arabes et Grecs Ont laissé par escrit à la race derniere

Plein d’exemples il est de diuerse maniéré,

Ainsi que nous voyons de mille beaux portraits Les prez se bigarrer, eschauffés par les rais Du Soleil, lorsqu’il fait sa course printanière*.

Or sus donc maintenant, va-t’en, mon fils tres-cher Que depuis quarante ans n’ay cessé de lecber :

Va , priant vn chacun qu’il leur plaise (fensuiure

Lysippe , qui reprint Appelles doucement.

Mais arriéré , enuieux ; car éternellement verra maugré vous ce mien ouurage vitire.

§ IV. Inauguration de la statue d’Ambroise Paré.

Nous avions annoncé en terminant qu’une statue en bronze allait être érigée en l’honneur de Paré sur l’une des places pu¬ bliques de Laval , dernier hommage de la reconnaissance popu¬ laire. Paré avait été oublié dans cette large hospitalité que la munificence royale offrait à Versailles à toutes les gloires de la

Variante de 1575 î ànostre aage derniere.

2 Ces trois vers se lisaient ainsi en 1775 :

Ainsi que nous voyons de mille et mille raiz Reluire le paon , quand par vn grand progrez Sa plume va monstrant plein d’arrogance fiere.

* Variante : Va4’en , mon fruict très cher.

PREFACE,

XXIII

France ; et non pas lui seulement , mais avec lui plus d’une autre grande gloire scientifique. Il aura désormais, dans un plus large espace , en face du ciel et du soleil , un piédestal et une statue dignes de lui.

Dès i835 , le conseil-général de la Mayenne avait exprimé le vœu qu’un monument fût érigé à A. Paré dans sa ville natale. Le préfet répondit à ce vœu, en i836 , en proposant de faire les premiers frais par une allocation de 9,000 francs au budget dé¬ partemental ; le gouvernement et les souscripteurs devaient faire le reste. Une commission s’organisa immédiatement sous la pré¬ sidence de M. Queruau Lamerie , maire de Laval *, elle se com¬ posait de MM. Guédon, Lelièvre, Meslay, et’de deux de nos honorables confrères , MM. Bucquet et Hubert , tous deux cor¬ respondants de l’Académie royale de médecine. Déjà, dès le 29 mars i836 , M. David avait proposé , dans le même but, une souscription seraient reçus les dons même les plus modiques , s’engageant, pour sa part, à faire gratis le modèle de la statue. Cette offre magnifique fut acceptée avec reconnaissance, et un programme de souscription ayant été arrêté , le roi , le ministre de l’intérieur , le conseil municipal de Laval , l’Académie et la Faculté de médecine de Paris , plusieurs sociétés savantes et un grand nombre de souscripteurs y répondirent , et le succès du projet fut assuré. Nous vîmes s’élever dans l’atelier de M. David le modèle de la statue , achevé dès le 1®" novembre 1889 ; nous la vîmes couler en bronze, le 12 mars i84o, par les soins de MM. Soyer et Ingé , et dès le 9 juillet elle était arrivée à Laval.

Alors s’élevèrent avec rapidité de magnifiques blocs de granit bleu , préparés pour le piédestal d’après les dessins de M. Moll , inspecteur des travaux du gouvernement, qui , lui aussi , refusa de mettre à prix d’argent son concours pour cette œuvre patrio¬ tique; et enfin le 29 juillet fut fixé pour la solennité.

Un ciel sans nuages semblait avoir voulu favoriser la fête ; des villes et des communes voisines était accourue une foule inouïe de spectateurs. Sur la place de la mairie, autour de la_statue

XXiV PRÉFACE.

encore voilée , la garde nationale et la troupe de ligne , auxquelles s’étaient jointes des députations de tous les corps de métiers de Laval, musique en tête et enseignes déployées, formaient un carré immense. A toutes les croisées et jusque sur les combles de rHôtel-de- Aille, des dames élégamment parées -, le peuple dans toutes les rues adjacentes ; au centre de la place, sur une estrade élevée en face de la statue , les autorités civiles et mili¬ taires , les chefs des administrations publiques , les députés des sociétés savantes ; et au milieu de ce grand cortège d’hommes , une seule femme , mademoiselle Renée Ambroise Paré , des¬ cendante de notre grand chirurgien et la dernière héritière de son nom. A quatre heures et demie , un coup de canon donna le si¬ gnal, et la statue fut découverte au bruit des tambours battant aux champs , des troupes présentant les armes , et des applaudisse¬ ments et des acclamations de la multitude.

Après que ces puissantes manifestations eurent fait silence , un chœur de musiciens salua l’image triomphante; puis M. le docteur Hubert, au nom de la commission de Laval, M. Pariset, au nom de l’Académie royale de médecine, M. le docteur Perdrix , délégué de l’association des médecins de Paris , M. Leterrier, principal du collège du Mans, prononcèrent des discours se répétait, mais toujours sous un aspect différent, l’éloge du grand homme que Laval a donné à la France. M. Naudet lut un dithyrambe dans lequel Paré se trouve mer¬ veilleusement peint d’un seul trait par ce vers :

Humble de cœur, grand de génie.

Et enfin une salve d’artillerie annonça que la cérémonie de l’inauguration était terminée. Ce n’était point encore la fin de la fête; un magnifique banquet, présidé par les autorités , réunit dans la salle d’honneur de la mairie toutes les députations des sociétés savantes , et dans la soirée la ville tout entière couronna dignement cette belle journée par une illumination générale.

PRÉFACE.

ÎCXV

La statue s’élève sur la place de la mairie -, elle est en deux morceaux , le corps et la tête , en outre des accessoires qui ont été fondus à part ; elle a 2 mètres 60 centimètres de haut , et pèse 1 ,200 kilogrammes. La figure que nous en avons donnée au fron¬ tispice du premier volume, nous dispense de la décrire en dé¬ tail; disons seulement qu’en arrière des volumes placés à la droite , et dont les titres annoncent les éditions françaises et les versions étrangères , se déroulent quelques feuilles manuscrites sur lesquelles sont gravés les canons suivants de Paré :

Vn remede expérimenté

Vaut mieux qu’vu nouveau inuenté.

Le nauré doit faire abstinence ,

S’il veut auoir prompte allégeance.

Celui qui pour auoir, et non pas pour sçauoir,

Se fait Chirurgien , manquera de pouuoir.

La gangrené qui est ja grande ,

Rien que le Cousteau ne demande.

Le Chirurgien à la face piteuse Rend à son malade la playe venimeuse.

Le piédestal sur lequel la statue repose est composé de 9 blocs de granit bleu du pays, pesant ensemble 82,900 kilogrammes, et offrant 3 mètres 60 centimètres de hauteur. Il est élevé sur deux marches en granit et asphalte , dont la plus élevée supporte une grille de fer formée de 1 44 barreaux.

Sur le premier socle en granit, dans une cavité creusée au mi¬ lieu de la pierre , a été placée et soudée une boîte en plomb con- . tenant : r une notice sur la statue même; 2“ le programme de la commission ; 3“ la liste des souscripteurs ; 4“ une lithographie représentant A. Paré d’après le portrait de l’édition de 1628; 5“ six pièces de monnaie à l’effigie de Louis-Philippe ; 6“ et enfin une plaque en cuivre sur laquelle a été gravée cette inscription ;

XXVI

PRÉFACE.

Monument élevé en la ville de Laval, dans l’année 1840,

A la mémoire d’Ambroise Paré , créateur de la Chirurgie ,

Conseiller et premier Chirurgien des rois de France Henri II, François II, Charles IX et Henri III , au village du Bourg Hersent, près Laval , vers l’année 1509, décédé à Paris le 20 décembre 1590, et inhumé le 22 dans l’église Saint" André“des-Arcs.

La statue en bronze qui couronne ce monument est l’œuvre du célèbre statuaire David d’Angers.

Et enfin , sous la plinthe en bronze de la statue , il a été dé¬ posé une autre boîte en plomb contenant la notice sur A. Paré , par M. Villaume , et la copie sur parchemin du procès-verbal de la pose de la première boîte.

Je regrette de ne pouvoir reproduire tous les discours pro¬ noncés dans cette solennité imposante, mais je ne saurais passer sous silence celui de M. Pariset.

« Messieurs,

» Quelle noble émulation s’allume entre les villes de France ! Je vois partout , au milieu d’elles, s’élever des monuments aux gloires contemporaines et aux gloires des temps passés. Voltaire et Buffon ont eu des statues et ces statues sont, avec celles des conquérants et des rois, l’ornement de la capitale. Aujourd’hui Montbéliard, Rouen, Strasbourg, en consacrent à la mémoire de Gutenberg, au prodigieux savoir de Cuvier , au mâle génie de Corneille, à l’aimable muse de Boyeldieu; et Boyeldieu et Cor¬ neille attendent Fontenelle, comme Voltaire et Buffon attendent l’inimitable Molière. Grenoble a son héroïque Bayard ; La Ferté- Milon, son sublime et harmonieux Racine ; Château-Thierry , son naïf et profond La Fontaine. Bientôt sans doute l’auguste image de Bossuet couvrira Dijon de sa lumière. Bordeaux ne sera plus veuve de son Montaigne et de son Montesquieu ; ni

PREFACE.

XXV 11

Marseille de son Pythéas et de son Belzunce ; ni Angers de son Bodin, et de tant d’autres que je ne puis nommer ; ni Agen de son Bernard de Palissy ; ni Dunkerque de son Jean Bart; ni même l’humble hameau de Poy de son Vincent de Paul. Massillon re¬ viendra émouvoir et charmer sa ville natale, comme il a charmé toute la France ; et reçu dans le château modeste de la Motte, comme dans un sanctuaire, le divin Fénelon y appellera les ado¬ rateurs de son talent et de ses vertus. Quels noms, quelles vertus, en effet ! quels talents et quelles gloires 1 En est-il une seule que ne voie fleurir l’heureuse terre que nous habitons? Que si toutes nos villes suivaient un si bel exemple ; si chacune d’elles s’epi- pressait de tirer de l’oubli les hommes qui l’ont honorée; si, par des récits et des tableaux, elle rendait encore une fois vivantes, pour ainsi dire, leurs actions et leurs personnes ; quelle merveil¬ leuse géographie. Messieurs! ou plutôt quel unanime concert de voix éloquentes pour réchauffer dans nos âmes l’amour du beau, la passion dubien, deux sentiments qui se produisent, se nour¬ rissent, se fortifient l’un par l’autre, et font le ciment et le bon¬ heur de la société parmi les hommes! N’est-ce point par que l’an¬ cienne Grèce jetait comme un enchantement dans les étrangers qui la visitaient ? Et n’est-ce point par que notre nation devien¬ drait elle-même le modèle de toutes les autres ?

Cet exemple. Messieurs , c’est le donner que de l’imiter comme vous le faites. Un homme est venu parmi vous, qui par la puissance de son esprit, par l’habileté de ses mains, par la géné¬ rosité de son cœur, par l’élévation de ses principes, et j’ajouterai par sa constante pitié pour les malheureux, peut soutenir le pa¬ rallèle avec les plus grands et les meilleurs hommes qu’ait portés la terre : Ambroise Paré, qu’un souvenir aussi vif que le souve¬ nir attaché au nom de Henri IV rend encore, après trois siècles, aussi présent au milieu de nous que l’est lui-même cet excellent roi. Et ce souvenir empreint dans vos esprits , vous avez voulu qu’il prît un corps ; vous avez voulu qu’Ambroise Paré fût en

XXVIII

PHIîFAClf.

réalité sous vos yeux : le voilà. Il respire dans ce bronze que David a vivifié de son génie.

» Parlerai-je ici de ses premières années ? Ce qui résulte des contradictions de ses historiens, c’est que, pauvre, ne sachant que lire, ne sachant qu’écrire, et dépourvu de toute littérature, il vint à Paris , fut reçu dans l’officine d’un barbier , entra à l’Hôtel-Dieu et y étudia trois années, n’ayant pour guides que quelques livres, la nature et lui-méme ; lui, dis-je, car, de même que le potier de Saintonge , il avait cette trempe d'intelligence qui , saisissant les faits et les multipliant par l’étendue et la sûreté des inductions, sait tirer, comme Scarpa, d’une expérience bornée une expérience sans limites , et crée elle-même l’art qu’elle veut connaître. La guerre était alors partout, fomentée par la politique et la religion; source intarissable de calamités pour les peuples, et d’enseignements pour Ambroise Paré. A dix- neuf ans, il court sur les champs de bataille ; il y rencontre des préjugés bizarres , et des pratiques plus meurtrières que la guerre elle-même. Une seule observation lui ouvre les yeux sur tant d’absurdités et de barbarie. Sur-le-champ sa raison les re¬ jette, pour y substituer des idées plus saines , et des pratiques plus faciles et plus simples, et tout ensemble plus humaines et plus sûres ; car c’est épargner la vie des hommes que de leur épar¬ gner la douleur. Ses heureuses innovations deviennent le texte de son premier ouvrage ; et cet ouvrage, bien que très court, commence en Europe et achève sa renommée. L’Allemagne et l’Italie adoptent sans hésiter une doctrine à laquelle le temps n’a rien changé. A vingt ans. Paré avait donné des lois à la chirurgie.

» Suivez-le aux sièges de Boulogne, aux sièges deDamvilliers, de Metz , de Hesdin ; suivez-le dans dix autres expéditions militaires, au cœur de la France, et jusqu’aux confins de l’Espa¬ gne et de la Flandre ; partout môme courage, même activité d’es¬ prit, même soin de recueillir des faits et d’agrandir ses connais-

PHÈFA-CE.

XXIX

sances ; partout môme justesse de vues, même sagacité, mêmes succès ; à ce poiut qu’il est l’idole de l’armée, et que, raffermi par sa présence, le soldat se seut plus intrépide , et ne craint ni les dangers ni la mort. Une foi si vive. Paré l’inspirait par ses décou¬ vertes, par son habileté, par l’ardeur de son zèle à servir les hommes. Dans les grandes amputations, l’ouverture des ar¬ tères rend les hémorrhagies si dangereuses , quelle soudaine inspiration le porte à fermer les vaisseaux par la ligature, au lieu de les fermer, comme on le faisait, par la cruelle application du feu ! D’un trait de sa lumière, il change encore sur ce point toute la face de la chirurgie. Dans le traitement du Balafré, que de hardiesse, de prudence et de fermeté ! et dans le traitement de ce soldat blessé de douze grands coups d’épée, que Paré prend moribond sous sa garde, et qu’il rend à la vie en se faisant son médecin, son chirurgien, son apothicaire et son cuisinier : quelle patience, quel dévouement et quelle humanité ! Personne, dans nos temps modernes, si j’en excepte l’illustre Larrey, qui l’avait pris pour modèle, personne n’a porté plus loin l’oubli, l’abnéga¬ tion, le sacrifice de soi-même, et lés nobles et touchantes vertus du chirurgien.

» Dans le tumulte d’une vie si agitée, au milieu des déplace¬ ments qu’exigent la guerre et les fonctions qui l’attachaient à ses rois, une belle et noble pensée préoccupait ce grand homme. Frappé du vide de la chirurgie française , il voulait qu’après lui un corps de doctrine rendît plus facile aux hommes de sa nation, l’étude d’un art si nécessaire. Il voulait que ce corps de doctrine fût son ouvrage, parce qu’il se sentait seul en état de l’exécuter ; et de sont nés tant d’écrits si divers, qui, accrus d’année en année, et perfectionnés parle travail le plus opiniâtre, composent la ri¬ che collection qu’il a léguée à la postérité. Tout n’est pas de lui dans ce grand ouviftge, mais le nombre et l’excellence de ses propres vues et de ses découvertes en sont l’âme, pour ainsi dire ; elles en forment la partie essentielle, capitale et dominante ; elles seront la leçon de tous les siècles.

XXX

pr:éface.

» A l’égard de ses rivaux et de ses envieux critiques, l’intérêt de sa propre gloire, je me trompe, l’intérêt de la vérité seule fit qu’il prévint les uns par sa diligence, et qu’il soumit les autres par la seule autorité do sa raison. Il eut surtout contre lui les ombrages de la Faculté ; la Faculté ne souffrait pas qu’il entrât dans des matières dont elle s’était fait comme un domaine exclusif. Singulier temps, où, faute de vains titres, faute de grec et de latin, l’homme qui pouvait le mieux écrire sur la médecine, n’en avait pas le droit I N’est-ce pas renverser tous les termes, mettre les mots au-dessus des choses, et préférer l’accessoire au principal? Le génie, en quoi que ce soit, ne saurait dépendre d’un idiome éteint et muet. Bessarion, avec tout son savoir, n’était qu’un pé¬ dant ridicule; et, pour prendre un exemple plus élevé, lorsque le plus sage et le plus brave roi qu’ait eu la France, songeait, en faveur des peuples, à établir en Europe un équilibre d’indépen¬ dance et de liberté, il n’avait pour appui dans ce grand dessein que les conseils d’un chancelier sans lettres, et l’épée d’un con¬ nétable qui ne savait pas lire. Tels étaient les auxiliaires ; mais il y avait un sens si parfait, une raison si droite et si ferme, que le roi n’en voulait pas d’autres. Avec toutes ses lumières, la Fa¬ culté ne voyait pas qu’uniquement formé par lui-même, disciple et maître tout ensemble. Paré n’en était que plus admirable et plus digne de respects.

» J’ai parlé de guerre. Messieurs, et mes paroles ont pu réveil¬ ler dans vos esprits ces dissensions funestes qui, au nom d’une religion de paix et de charité, ont si long-temps déchiré la France. Placé par sa profession même entre deux partis acharnés l’un contre l’autre, Ambroise Paré, plus sage que ne l’avait été le Milanais Lanfranc, plus sage que les Italiens fugitifs qui venaient peupler Paris du temps de Pitard, et qui tous avaient trempé dans les guerres civiles, Ambroise Paré, environné des mêmes excès, des mômes périls et des mômes séductions, sut maintenir son indépendance et sa liberté. Comme il ne se livrait à aucune faction, sa réserve rendit sa foi suspecte. On le crut, on le dit en-

PRÉFACE,

XXXI

gagé dans la réforme, et c’est l’opinion qui a prévalu jusqu’ici. Mais, ainsi que l’a démontré en dernier lieu M. Malgaigne, cette présomption s’accorderait mal avec les dates que fournit l’histoire. Elle serait même démentie par quelques actes publics de la vie de Paré, par son second mariage , et par sa sépulture dans une église catholique. Mais quoi ! il est des temps d’aveuglement et de fureur la modération , ce frein ou plutôt cette règle de tous nos sentiments, est comme la perle de l’Evangile ; c’est elle sur¬ tout qui aigrit les caractères violents et passionnés ; et le fanatisme s’irrite moins de ce qui lui résiste, que de ce qui le condamne.

» Quels qu’aient été, du reste, sur des questions si délicates, les secrets sentiments de Paré, il est certain qu’il avait l’âme pé¬ nétrée d’une piété profonde. Il reconnaissait, il admirait , il ado¬ rait partout l’intelligente, la bienfaisante main du Créateur. Il osait se réserver l’humble mérite de panser les malades, mais c’est à Dieu qu’il rapportait la gloire de la guérison. Tout le monde connaît sa maxime favorite: le le pansaj^ Dieu le guarist; sainte maxime qui renferme Paré tout entier, son âme, son esprit, sa simplicité, sa modestie, et l’invariable principe de ses volontés et de ses actions, je veux dire l’amour de Dieu et des hommes. Il le savait en effet mieux que personne : un art tout divin préexiste en nous, un art tout divin nous anime et conduit nos mouvements intérieurs avec une sagesse à laquelle doit toujours se subordonner la faible sagesse du médecin, de l’homme qui ose intervenir dans cette combinaison de merveilles. Ambroise Paré était donc souverainement religieux ; mais il l’était à sa manière, à la manière de Fénelon, à la manière des plus rares esprits qui aient honoré notre espèce. Il pensait comme eux , ou plutôt il sentait qu’une religion n’est toute divine qu’ autant qu’elle est tout humaine, et que nous n’adorons Dieu, qu’en servant nos semblables. Si l’âme de l’homme est immortelle, et s’il était pos¬ sible que l’âme de Paré m’entendît, ou que ce bronze prît pour lui la parole, une secrète voix m’avertit qu’il applaudirait à la mienne, et que, peu touché des éloges qu’on donne à son talent.

xxxn

PRÉFACE.

il accepterait du moins ce dernier hommage que je rends à sa mémoire.

» C’est au nom de l’Académie royale de médecine que j’ai osé paraître en cette solennité. Puisse cette compagnie, et puissiez- vous, comme elle, ne pas désavouer le langage que je vous ai fait entendre ! Souffrez maintenant que je vous félicite en mon propre nom du triple choix que vous avez fait, et de l’homme que vous avez voulu célébrer, et de l’artiste qui vous a secondés de son talent, et du lieu charmant vous élevez son chef-d’œuvre ; lieu découvert, accessible, les aimables pompes d’une riante nature viennent se marier comme d’elles-mêmes aux pompes de l’art et aux embellissements que vous leur préparez. Appelé, re¬ tenu aux pieds de l’image d’Ambroise Paré, par l’attrait de ce nouvel Élysée, le voyageur ému contemplera ce bronze; et pour peu qu’il ait un cœur d’homme, il en entendra sortir ces paroles : « Tu vois qu’il est des hommes qui savent faire le bien, et qu’il » en est qui savent le reconnaître. Que les uns et les autres soient » toute ta vie tes modèles! » Ces paroles, je les entends. Mes¬ sieurs ; et c’est l’âme remplie d’un si beau précepte, que je vais me séparer de vous, avec le regret de ne pas être un des vôtres, de ne pas vous appartenir, à vous qui montrez des sentiments si humains, et qui m’avez comblé de vos bontés. Puissiez-vous, du moins, ne pas me refuser la seule grâce à laquelle il me soit per¬ mis d’aspirer ! puissiez-vous me donner dans vos souvenirs une place , quelque petite qu’elle soit , à côté de votre glorieux compatriote , l’immortel fondateur de la chirurgie française ! »

LE DIX-NEVFIÉME LIVRE

TRAITANT

DES MONSTRES ET PRODIGES

PREFACE.

Monstres sont choses qui apparois- sent outre le cours de Nature ( et sont leplussouuent signes de quelque malheur à aduenir ) comme vn en-

Voici , de toute la collection de Paré , le livre dont ses admirateurs ont cru avoir le plus à rougir, et Percy entre autres s’é¬ criait : Plût à Dieu qu’il n'eûl jamais vu le jour! Ces jugements un peu précipiîés vien¬ nent d’une étude très superficielle de l’œu¬ vre et de l’époque; peut-être aussi certains esprits se sont-ils laissés effaroucher par la forme, sans pénétrer jusqu’au fond; et je suis si loin de partager une pareille opinion, que je n’hésite pas à donner ce livre comme un des plus curieux et des plus intéressants du xvr siècle. Peut-être la forme sous la¬ quelle je l’ai présenté ralliera-t-elle plus d’un lecteur à mon avis.

Il avait paru pour ta première fois en 1673, dans les Deux Hures dechirurgie, à la suite du Livre de la génération, dont il peut, en eflet, en bonne parlie passer pour le com¬ plément. Il se composait alors de 31 chapi¬ tres traitant des monstruosités naturelles et des cas rares de chirurgie, avec une digres¬ sion assez malheureuse sur les démons et III.

fant qui naist auec vn seul bras , vu autre qui aura deux testes , et autres membres outre l’ordinaire.

Prodiges , ce sont choses qui vien¬ nent du tout contre Nature, comme vne femme qui enfantera vn serpent,

l’art magique, mais jusque sans sortir de la pathologie; et il se terminait par unf 32' chapitre, sans liaison aucune avec les précédents ni avec le plan du livre, intitulé : Des monstres marins. En 1679, à l’époque même la lecture de Thévet avait inspiré à Paré son livre des animaux, il compléta celui des monstres par trois chapitres consa¬ crés aux monstres volatiles, aux monstres ter¬ restres et aux monstres célestes. Or je le ré¬ pète , et on s’en assurera pat la préface de Paré même, tout cela était hors du plan du livre, plan régulier, logique, et qui créait dans la pathologie chirurgicale une bran¬ che toute nouvelle, ainsi qu’avait fait le li¬ vre de la prothèse. Long-temps balancé en¬ tre le respect que je devais au texte et à l’arrangement de l’auteur, et le désir de restaurer son ouvrage suivant le plan qu’il avait tracé lui-même, enfin je me suis dé¬ cidé pour ce qui m’a paru le plus favorable à l’illustration de son livre; j’ai retranché hardiment tout ce qui concerne l’histoire

LE LIX-NEVFIEME LtVRE

OU Vil chien , ou autre chose du tout contre Nature , comme nous mons- trerons cy apres par plusieurs exem¬ ples d’iceux monstres et prodiges: lesquels i’ay recueillis auec les fleu¬ res de plusieurs qutltieurs : comme des Histoires prodigihuses de Pierre Boistuau , et de Claude Tesserand , desainct Paul, sainct Augustin, Esdras le Prophète : et des anciens philo¬ sophes , à sçauoir d’Hippocrates , Ga¬ lien , Empedpcles , Aristote , Pline , Eycosthene , et autres qui serpnt cottés selon qu’il viendra à propos.

des animaux et des prodiges météoriques , que j’ai reportée à la fin de la collection, im¬ médiatement après le livre des animaux, était vraiment sa place naturelle. Ce n’é- tai't pas assez, et dans' ce restait se trod- vaieiit des figures de m?onstres tellement hors de nature, qu’il ne faùt pas s’étonner si leur simple aspect a suffi pour frapper beau¬ coup de lecteurs de nausée et de dégoût. J’ai d’autant moins hésité à effqc|r ces figures que pas une seule n’appartient à Paré, et qu’il les a copiées dans des recueils pro¬ diges publiés- de son temps, et o^ l’on est bien loin de trouver le boq sens, la saine observation et la science qui frappent daqs son lîYre. Dp reste , j’ai respecté scrupuleu¬ sement celles qui lui uppqrtenaient à lui- même; et j’en ai même conseryé beaucoup d’autres qui ont encore aujourd’hui leur intérêt pour la tératologie , ou même qui, mal faites et défigurées, sont essentielles cependant à rintelligence des doctrines du ïYi' siècle.

On voit par la liste des auteurs que Paré a consultés et qu’il énumère dans sa préface, qu’il ne checche pas à s’attribuer plus qu’il ne lui revient, dans la composition de son œuvre; et' l’on peut dire qu’il y a excès de modestie dans ses aveux. Fercy a prétepdu que Grévin l’avait aidé dans rédaction ; cela n’a pas l’ombre de fondement. Ij est probable toutefois qu’il a eu un collabora¬ teur, ne fût-ce que pour lui traduire les en¬ droits des auteurs latins qu’il cite; et il y n quelque^probabilité que ce fut son ami Hau-

Les mutilés , ce sont aueugles , borgnes , bossus , boiteux , ou ayans six doigts à la main ou aux pieds, ou moins de cinq , ou ioints ensemble: ou les bras trop courts, ou le nez trojp enfpncé, copinie ont les camus : ou auoîr les léures grosses et ren- ucrsées, ou closture de la partie gé¬ nitale des filles pour cause de l’hy- meh , ou chair supernaturelle , ou qu’elles soient hermaphrodites : ou ayans (quelques taches ou verrues, ou loupes , ou autre chose contre Nature.

lin. D’ailleurs, l’auteur dans lequel il fouille plus communément est Lycosthènes, qu’il a mis par.iii les anciens philosophes , sans doute à cause de son nom grec, et qui est tout simplement un écrivain du xvi® siècle. L’ouvrage de Lycosthènes que Paré a mis à cqp^l-jpution avijit parp ^ B^le, eq 1^7, spus ce t^tre : Prodîgifirurn ac ost_eiHo,rurri.çhroHi- con, ejtc., per. Conradum Lycosthenem Jiubea- quertsem ; c’est üh petit ih-folîo C78 pages, coûtenant par ordre de dates tous les prodi¬ ges que l’auteur a pu recueillir dans les au¬ teurs depuis le commencement du monde juSf(ù’à 'Pan 1564 , avec" une innômbrable quantité de figures; livre indigeste, mais d’uttè éfuditioù étonnante , et source pré- cieûS'e l’ori peül eû'coré'puiser après Paré po'ür l’histoire clé la tératologie. Vieniient è'nsùîte les fiîsldires prodigieuses de Pierre Boaistuau, qu’il écrit AoishtaM, publiées' en 1560, réimprimées avec des augmentations cii 1575; c’est cette dernière édition que j’ai suivie; et enfin un livré du même titre de Claude de Tesserand , qu’il appelait par er¬ reur 'Ç/aude Desserand, dans ses premières éditions; mais je n’ai pu me procurer ce dernier ouvrage,

i Çe paragraphe ne date que do 1579 , et on lisait aloys 'par une faute d’ImpresSion facile A compreiidl-e : les inutiles.

On voit par que l’auteur se propose de traiter de trois sortes de monstruosités ; tan¬ dis qu’en 1573 il se bornait aux deux premiè* res, savoir, aux 'monsu-es et aux prodiges, dont nom est resté dans le titre du livre.

Des E!:ç P^ppipçs. 3.

CHAPITRE II.

CHAPITRE L

DES CAYSES. DES IMOMSTSES.

Les çftpses iponstrps sont plu-

LaprpTOipr^, est }a glopç Je Dipp, L^ Se,ÇRpcle, §pn ii^p.

La Rpisiémp , ^ tfpp, g^an^e qpap- Pté fie septepcp,

quatrième, la trpp pelitç qqan-

Ulé. .

La çipquiéme ,

La slpépie, l’apgustie pu petitesse de la matrice.

La septième» l’a^ÿetp indecente

ta meve , epninie ^ estapt grosse ,

g’est te«ue trop Iqngqomept asjse \% eupes pi^pjsti^s., PU servées p.qptre Ip yeptre.

LaLuitié^^Uî PftI Çtieute , pu çppps i^onqès ÇeUtVe le centre ^P la pierp esiapt gçpsse d’epfant.

La neuftéme , par ipalapies Lere:

PUeiies, PU apçiueutjes-

LafIwme,parppuevit,wepU ÇpÇr ryptionje la sepiepçe.

L’PP^iéme , pay mixtlpn , pp tpe^- lange de semence.

La dppiîÂéme, par Vo.nJiee des mescb.ans Lelistres de rosliere f.

La treiziéme, par les Démons ou Diables 2.

1 Des mendiants. La traduction latjne a pris d’étranges licences dans tout ce livre j et par exemple , elle 4 laissé de côté toute cette énumération des causes. Mais au chapitre 18, répondant au chapitre 21 du texte français , elle donne poyr équivalent mendicanies, Yoyez ce chapitre 21.

^ L'édition de 1578 ajoutait ici le para¬ graphe suivant, qui a été retranché en 1579 :

« Il y a d’autres causes que ie laisse pour le présent, parce qu’outre toutes les raisons hurpaines, l’on n’en peut donner de suffi¬ santes et probables : comme, [)Qurquoy soqt

EXEMPLE DE LA GLOIRE DE DIEV.

Il pst escrit ep S. ïean f d’vn homme qqi estoit pày apeugle , Ipquel ayant ypopupert la veup. par la graep pp Îp^qs-LLrist, fut interrogqéppses dis¬ ciples , si le peçlié de luy ou de ses parens estoit çause qull eust esté ainsi produit aueqgle dés le iotir de sa patlpité. Et lesys-Christ leur res- ppnd.it : Que luy, ne son pere , ne sa mpre n’auoient péché , mais que p’estoit 4 lin qpe les œuures de Dieu fussent magnifiées en luy.

CHAPITRE III.

EXEMPLE DE l’ire PE DIEV.

P y a d’autres causes qui nous es- tonnent dOuLlement, parce qu’ils np proepdept des causes susdites , mais yne confusion d’estyanges pspeces, qui pepdP.4t I4 erpatnre nqn spule- rpent mopstrueusp, mais prodigieuse , p’pst-à-dire qui esf dut tout abbOf- renfe et contre nature : çomipe pQdr- quoy sont faits ceux qui ont la fîgurp d’yn ebien, ef la teste d’vne volaille, vp aufre ayant quatre pprpes 4 la teste , yn aqtre ayant quatre pieds de bfçbf, ef les çuissps decbiquctées : yp autre qyaut fa teste d’vn perro¬ quet , et deux papaches spr la teste,,

faicts ceux qui n’ont qu’vu seul œil au mi¬ lieu du front, ou le nombril, ou vne corne à la teste, ou le fôye s’eii dessus dessous : Autres naissent aians pieds de griffon , comme les oiseaux, et certains monstres qui s’engendrent dans la mer; bref, une infinité d’autres qui seroient trop long? à d’es- cripre. »

1 Cap. 9. -A. P. -*1073-

LE DlX-WÈVFllblE LIVRE ,

4

et quatre griffes : autres d’autres for¬ mes et figures , que tu pourras voir par plusieurs et diuerses figures , cy- apres dépeintes sur leur ligure

Il est certain qua le plus souuent ces créatures monstrueuses et prodi¬ gieuses procèdent du iugement de Dieu , lequel permet que les peres et meres produisent telles abominations au desordre qu’ils font en la copula¬ tion comme besles brutes, leur appétit les guide, sans respecter le temps , ou autres lois ordonnées de Dieu et de Nature : comme il est es- crit en Esdras le Prophète , que les femmes souillées de sang menstruel engendreront des monstres

Pareillement Moyse defend telle conionction au Leuitique , chap. 16. Aussi les anciens ont obseruépar lon¬ gues expériences , que la femme qui aura conceu durant ses fleurs , en¬ gendrera enfans lepreux , ligneux , goutteux , escrouëlleurs , et autres , ou sujets à mille maladies : d’autant que l’enfant conceu durant le flux menstrual prend nourriture et ac¬ croissement, estant au ventre de la mere, d’vn sang vicieux , sale et cor¬ rompu , lequel auec le temps ayant enraciné son infection , se manifeste et fait apparoistre sa malignité : au¬ cuns seront ligneux, autres goutteux, autres lepreux , autres auront la pe¬ tite verolle ou rougeolle , et autres infinités de maladies. Conclusion , c’est vne chose salle et brutale d’a- uoir affaire à vne femme pendant qu’elle se purge s.

Ce paragraphe a été ajouté en 1579.

s Esdras, ch. 5. liv. 4. A. P. Ici Unis¬ sait le chapitre dans les deux éditions de 1673 et 1575, d’où l’on voit qu’il était fort court, ne consistant qu'en cet unique para¬ graphe. Le reste a été ajouté à diverses dates.

3 Ce paragraphe est de 1585.

Lesdits anciens eslimoient tels pro¬ diges venir souuent de la pure vo¬ lonté de Dieu , pour nous aduertir des malheurs dont nous sommes menacés, de quelque grand desordre, ainsi que le cours ordinaire de Nature sembloit estre peruerti en vne si malheureuse engeance. L’I¬ talie en fit prenne assez suffisante , pour les travaux qu’elle endura en la guerre qui fut entre les Florentins et les Pisans , apres auoir veu à Ve- ronne, l’an 1254, vne iumenlqui pou¬ lina vn poulain qui auoit vne teste d’homme bien formée, et le reste d’vn chenal *.

Autre preuue. Du temps que ^e Pape Iules second suscita tant de malheurs en Italie , et qu’il eut la guerre contre le Roy Louys douzième (1512), laquelle fut suiuied’vne san¬ glante bataille donnée prés de Ra- uenne : peu de temps après on veit naistre en la mesme ville vn monstre ayant vne corne à la teste, deux ai¬ les, et vn seul pied semblable à celuy d’vn oiseau de proye : à la iointure du genoüil vn œil : et participant de la nature de masle et de femelle

1 Toutes les éditions, à partir de celle de 1579, ajoutent ici : comme tu vois par cesic figure; après quoi vient une figure parfaite¬ ment caractérisée par son titre : Figure d’vn poulain ayant la teste d’homme. C’est une de ces imaginations absurdes qu’admettait la crédulité du xvi' siècle, et qui a même trou¬ des partisans beaucoup plus tard. Paré a emprunté cette histoire et cette figure à Ly- costhènes, ouvr. cité, page 438.

2 Ce paragraphe a été ajouté en cet en¬ droit en 1579, mais il existait déjà en 1573, du moins en substance, à la lin du chapi¬ tre G. Là, comme ici, il était suivi du Por¬ trait d’vn monstre merueilleux, de tout point en accord avec la description fantastique qu’on vient de lire. Si à toute force on peiit présumer que l’histoire précédente aurait

DES MONSTRES ET PRODIGES.

CHAPITRE IV.

EXEMPLE DE LA TROP GRANDE QUANTITÉ DE SEMENCE.

Hippocrates sus la génération des monstres dit, que s’il y a trop grande abondance de matière , il se fera grand nombre de portées , ou vn en¬ fant monstrueux ayant des parties superflues et inutiles , comme deux testes , quatre bras , quatre iambes , six doigts és mains et pieds , ou au¬ tres choses : au contraire si la se¬ mence defaut en quantité , quelque membre defaudra , comme n’auoir qu’vne main , point de bras, ou de pieds , ou de teste , ou autre partie defaillante.

Sainct Augustin dit que de son temps il nasquit en Orient vn enfant qui auoit le ventre en haut , toutes les parties supérieures doubles , et les infeiieures simples ; car il auoit deux testes et quatre yeux, deux poi¬ trines et quatre mains , et la teste comme vn autre homme , lequel ves- quit assez long-temps.

Cælius Rhodiginus a escrit au liure de ses antiques leçons ^ , auoir veu en Italie deux monstres , l’vn masle et l’autre femelle, leurs corps bien parfaits et proportionnés , reste la duplication de la teste ; le masle mou¬ rut peu de iours apres sa natiuité , et

pris son origine dans un fait réel de quel¬ que monstruosité mal observée , il est cer¬ tain, au contraire, que celle-ci est une pure fable et n’a jamais eu le moindre fonde¬ ment. L’histoire et la figure sont égale¬ ment copiées de Lycosthénes, ouvrage cité , page 517, qui lui-même l’avait pris de Rueff, De conceplu et generaiione, 1654, fol. 51.

1 Chap. 8 de la Cité de Dieu. A. P.

2 Cil. 3, 241iu. A. P.

5

la femelle , de laquelle tu vois ici le pourtrait , vesquit vingt - cinq ans apres : qui est contre le naturel des monstres , lesquels ordinairement ne viuent gueres , pource qu’ils se des¬ plaisent et melancholient de se voir ainsi en opprobre de tout le monde , si bien que leur vie est briefue.

Figure d’vne fille ayant deux testes i.

1 Nous sortonsjcette fois du domaine de l’imagination pour entrer dans celui de la réalité; aussi ai-je fait soigneusement co¬ pier les figures qui suivent. Celle que l’on voit ici se rapproche beaucoup de la fameuse Rita Christina , si bien étudiée par M. Geof¬ froy Saint-Hilaire. [Uist. des anomalies de l’organisation, Paris, 1836, t. III , p. 166.) J’ai rétabli le titre de la planche d’après l’é¬ dition de 1573.

Du reste, Paré a probablement emprunté

0

dril Nnt îcyhnt’ci’iibcstycosthend dsicrit vhb ciîbsd méhièilleüsb db fed liiriti^trc» fomoile : c<1r résct-ùb Id d’u- plioîiildd de id teste, îlaiurc ri^y kdott rleh ôttiiâ : ceà deui testes ( dit-il) auoîe'nt iÜeslne désir de boire , idan- gél*, bt dormir , et la barblle sembiablë , comme ostbibht mesmés toutes lëtih affections. Cesle fille alloit d’huis en huis chercher sa vie, et luy don- noit-on volontiers pour la nouueauté d’vnsiestrangé et nouueau spectacle : toutcsfois elle fut dechassée à la lon¬ gue de la duché de Bauiere, parce ( disoit - on ) qU’elle pourroit gaster le fruict des femmes grosses, pour l’apprehension et idées qui poür- roient demeurer en la vertu imagi- natiue , de la figure de ceste créature ainsi monstrueuse 2,

L’aii de grâce 1475 , furent engen^ dréës pareillement en Italie, en la ville de Veronne, deux filles conioth- tes par les reins , depuis les espauleS iusques aux fesses : et parce que leurs parens estoieqt panures , elles furent portées par plusieurs villes d’Italie , pour amasser argent du peuple, qui estoit fort ardent de voir ce nouueau spectacle nature.

rhistoire et lalîgure de ce monstre à Boais- tuau.ouv. cité; folio 128, verso,; lequel avait à soti tbürcdbié LycosthèneS, oùv. cité, page 566.

1 En 16T3, Paré écrivait : que Licosthene , g'rànd philosbphh , été. Il effaça cet éloge dès lS75i

2 Jl n’est bon que les monstres cohabitent entre noMs, A. P. Cette remarque est de 1579.

Figure de deux filles gemelles , ioiûtes et unies par les parties postérieures *.

L’an 1530, on à vëù Vh Ijbrnihe eti ceste ville de paris , dii ventre duquel sorloit vn autre homme bien fbrnié de tous ses inembres, reseruéla testé, et cest homme estoit aagé de qhâ-

1 Cette figure jippartient çncoiçë a tÿpô- sthènes, p.4 90, et se trouve reproduite à di¬ vers endroits de son livre ; du reste, comme la |)têcêdehtè, éilè r’ëtlrèsénté urié môhstrllo- sité éxactetaé’nt ôfôetvte. bh peill réHiîii'qtiél' qiië lés dèÜk sûjlîtfe sont dcbollia ^dr leiirs partiel sèbibiRBles, èüivànt lél établie par M. Sétrès. fôÿezëbn ouvtaglpi Éehherchès d’gnatoŸniè irtinse'enàani'e et p'àïhôïo’gtiiïè, Pa¬ rts , 1832, 111-4“ ët Ülaé ih-folio; et ihén Anatomie chtriirgicdlc, Paris, 1838, 1. 1, p. 54. On trouve une figure piirclllc dans Rüeff, De concept, et gene)iiio‘lte, 155^, îot. 4fi.

DE8 MbNSTRÈS

rante ans enüiipbn, el pbrtbit àilasi CG corjis ehtfe Sdsbl-asjâuecsi^ràhdie merueillë; que le nidilldbs’asSenibloit à grandes troüpëâ bbUir le tWI- : la figuré duquel t’est iby repfc^ntéô ail vif.

Figurt d’vfi hommè, ïïu ventile âuqUel sohôii m aüt're h'o'fMne 1.

En Pîedmont en la ville de Quiers, distante de Thurin enuiron de cinq lieues, vne honneste dame accoucha d’Vn monstre dix-septiéme iour de iàniiier à huit heuires dh Sdir , cteSte priésëhté iapiiéé 1578 , face èfetaüt

1 Par^ ^'é 'dit pàs qu’il ait vil lui'-Wenié ce monstre J il 1’^ mà^féstemcnt çonié Üé hoaistuaü , qui dit l’avoir vu à vàlçncç ei| 1530 , et qui conséquemtpèht dëcnVïiit idé tnéinôiré après üh long teni'ps èfcoûfèj oüv.

ET PHODIGES. ^

bitett héopdrliohnée én tnhte'i^ ’^pShRT- tiek. 11 a esté ttibhslruédk Üh îéstia la teste, en c,e qu’il en sor toit cinq cornes approchantes à cëlles d’un bé¬ lier, rengées les 'Vnes çdntré les au¬ tres aii haut du front ; et au dérriere vne longue piecO de chair pen\iante le long du dos , en maniéré d’vn cha¬ peron de damoiselle. Il auoit ai^tour de sdn col vue piece 4e chair double couci]|ée en la maniéré d’vn collet de chemise tout vni, les extrémités des doigts rçssembians aux griffes ^e quel¬ que oiseau de proye, lek genoux aux iarrets. Le pied et la jambe droite es- toient d’vn rouge fort haut en cou¬ leur : le reste du corps estoit de la couleur d’vn gris enfumé. .dit qu,’à la naissance de mpnstre qu,’il.|ettf yn grand cry, qui estonna ,tellem.ent la, sage-femme et toute la compagnie, que l'effroy qu’i|s en eurent leur, fli iquiîter le log|s. Dont la nonuelle e|.-j tapt venue ipstjnes à naonsiery; le ppnce de Piedmont, pour 1^ de^ic qu’il auoif de le voir , l’enuoya. ijucT rir, en ia presence duquel plusieurs en firent diuers iugemens L

Ce présent monslr.e que .yçÿe?. py dépeint a ,esté trpnué dedans, pp qyant. la face et yisàge J’vn hpujlùé > tous les cheueüx de petits serpeh-

citè, fol. sb, baps fous les cas 11 è4 inèni- ment probable duè réhiarit pàrksité, l’îl émergeait du ventre , p’ayait que l’jibdoroen et les membres îüfèri'éûrs. Le mon|tré '4ç henais, que M. Lisfrane avait eil Tid^p 4’‘0- pérer, i^tait *prës;(]|U,‘6 eh tout semblable à cé- iüi-ci. 'V'ôféz mon \Èmi6mie î. ï, fo 'S-*

tyCpsthènés, ouV. cité, fo ^24, dûbhe uhh iégur'e toüle pareille, jcomhiè réprésen- tÀlion d’un bofonié qui fut vu èn Savoie kn 15lé.

1 Céifo Histoire, coihinë oh àürait hh le présumer d’âprés sa dhte, à étié ajoutée par ràütéur dans 'son ^ditioni de l^O. Ü est pro»

LE 1)IX“NEVFIEME LIVRE,

feaux tous vifs, et la barbe à la mode et façon de trois serpcns qui luy sor-

toîent hors du menton : et fut trouué le quinziéme iour du mois de mars dernier passé, 1569, chez vn aduocat nommé Baucberon , à Authun en Bourgongne , par vne chambrière qui cassoit des œufs pour les mettre au beurre , entre lesquels cesluy-ci es¬ tait : lequel estant cassé par elle, veit sortir ledit monstre , ayant face hu¬ maine, les cheueux et barbe de ser- pens, dont elle fut merueilleusement espouuentée. Et fut baillé de la glaire dudit œuf à vn chat, qui en mourut subitement. De quoy estant aduerti monsieur le baron deSenecey cheua- lier de l’ordre, a esté de sa part en- uoyé ledit monstre au roi Charles , qui pour lors estait à Metz

bable qu’il s’agissait d’une encéphalocèle pos¬ térieure ; pour les autres phénomènes , ils ont été certainement grossis ou défigurés par la peur ou la crédulité. Paré ajoutait : La figure l'est icij représentée apres le naturel ; mais, malgré cette annonce fastueuse, la pré¬ tendue ligure d’après nature était si mani¬ festement imaginaire et ridicule que je n’ai pas hésité à la supprimer. J’ignore du reste à quel auteur il a pu l’emprunter.

1 Malgré la date de cette histoire , elle ne

L’an 1546, à Paris vne femme grosse de six mois enfanta vn enfant ayant deux testes, deux bras, et quatre iambes, lequel i’ouuris, et n’y trou- vay qu’vn cœur (lequel monstre est en ma maison , et le garde comme chose monstrueuse *) : partant l’on peut dire n’estre qu’vn enfant.

Figure d’un enfant ayant deux testes , deux bras et quatre iambes.

se trouve pas dans l’édition de 1573, et a été ajoutée seulement en 1679. Elle est fon¬ dée sur quelque chose de réel , sans doute , et l’on a trouvé quelquefois dans des œufs des figures bizarres. Mais évidemment l’ima¬ gination la plus crédule a pu seule inventer cette tête d’homme avec des cheveux et une barbe de serpents.

Cette parenthèse manque dans toutes

DES MONSTRES

Aristote dit qu’vn monstre ayant ] deux corps ioints ensemble , s’il est trouud auoir deux coeurs, on peut vé¬ ritablement dire estre deux hommes ou femmes ; autrement s’il est trouué n’auoir qu’vn cœur auec deux corps, ce n’est qu’vn. La cause de ce mons¬ tre pouuoit estre famé de matière en quantité, ou vice de la matrice qui estoit trop petite , parce que nature voulant créer deux enfans , la trou- uant trop estroilte,se trouue man¬ que, de façon que la semence estant contrainte et serrée , se vient lors à coaguler en vn globe, dont se forme¬ ront deux enfans ainsi ioints et vnis ensemble.

L’an 1569, vne femme de Tours en¬ fanta deux enfans gemeaux , n’ayans qu’vne teste, lesquels s’en tre-embr as¬ soient : et me furent donnés secs et anatomisés par maistre René Ciret , maistre barbier et chirurgien, duquel le renom est assez célébré par tout le pays de Touraine , sans que je luy donne autre loüange*.

les éditions du vivant de Paré, et se lit pour la première fois en 1598. Toutefois on peut la regarder comme authentique, d’après la note marginale que nous reproduisons plus bas.

' Aristote en ses probl. , et 4 chap. du liu. 4, de Gener. animal. A. P.

2 Ces deux monstres derniers sont en la pos¬ session de l’aiuheur. A. P. Celte note existe déjà dans l’édition de 1573.

On peut remarquer, à l’occasion de cette figure et de la précédente, que quand A. Paré a lui-même observé les sujets, ses descriptions n’accordent rien à l’imagina¬ tion, et que ses figures pourraient encore être reproduites parmi les plus exactes dans les ouvrages les plus modernes.

ET PRODIGES. 9

Figure de deux gemeaux n'ayant qu’une seule teste.

Sebastien Munster escrit auoir veu deux filles l’an 1495, au mois de sep¬ tembre, prés de Wormes , au village nommé Bristant , lesquelles auoient les corps entiers et bien formés, mais leurs fronts s'entretenoient ensemble, sans que par artifice humain on les peust séparer, et s’entre-touchoient presque du nez : et vesquirent iusques à dix ans, et lors en mourut vne , la¬ quelle fut ostée et séparée de l’au tre : et celle qui demoura viue mourut tost après , quand on sépara sa sœur morte d’auec elle , pour la playe

io ’tÈ ibîk-NEVFii^Miî

qu’elle axioit receuë rte la séparation :

la figure desquelles t’est icy représen¬ tée

Figure dedeuxfiHÛqemlles, l^equelles s’en- treleno^ent pür le frà'ni\

deux cnWns ainsi figurée , reïnait|üés pai‘ les chirurgiens pour maslc ot fe- mfelle, et furent baptisés à S. Nico¬ las des Chamois, et noinihxîs Loys et Ldÿse. Leur pere auoit nom Pierre Germain i dit Petit-Dieu, de soit raes- tier aide à maçon, et leur mere Matthéé Perrielle.

Figure dedevx enfans monstrueux, rfagueres nés à Paris.

L’ati l57b , le 20. ïour de iüillelt, à i^dHs, rue dës Graufelliers, à l’ehsei- |tle 4e la Clocîxë, nasquirent Ces

. .1 foutes les éditions complètes, à partir de celle delS79', pprlenf; : t’pst icy [dessus rq- preseniee -, et en effet la^ figure est avant le texte coinme la plupart des précédentes. J’ai préféré la réduction et l’arrangement des figiirèS dél’éilitiok {)rimitivé iWS. Dii reste , malgré la citation ambitieuse de Sé¬ bastien Munster, l’histoire et la figure sont prises de Lycosthènes, ouvr. cité , p. 5,04.

Le lundÿ dixiéirië loùr 4e iuîllët ipil cipq cens soixante et doixze, en la ville du Pont de S,ée , prés d’Angers , nasquirent deux enfgns femelles, les¬ quels vesquirent demie heure et re- ceurent haptesme : et estolen’t bien formés, fors qu’vhe main senestro h auoi seulement que quatre doigts t et estoient codioiht.^ ensemble én leurs parties anterieures, â SëàÜoir, depxü^ le menton iusques à l’ombilic, et n’a- uoient qu’un seul nombril, et un seul cœur, le foye diuisé en quatre lobes.

DES MôîvstftkS

Figure de deux filles iointes ensemble j h’a- i gueres nées en la Ville du Pont de Sée, prés Angers i, 1

Csfelitls lihb'di^inus ; bhapître tifbî- éiértie > liüt-e tiri^t-quatriiéhie

l^àhà^ ësfcrft ijlfll Alt jjrë- duit un monstre â Fétrarë eii Italie { l’an de grâce mil cinq cens quarante, le dix-peuqiéme ipur de Mars, lequel lors , qu’il fut enfanté , estçit aussi grand et bien formé que s’il eust eq duatfê mois accothplîfe, ayant le sexe^ féihinih ët Imdsbüliri , (et deüx testes ; rihe iüMe , et raütfé feniellë.

1 Ryetr, ouvragé cité, folio 44 et 45, dénué deux ligures presque semblables , coinme la représentatioh de mbnstt-es observés à Scimf-* fouso et à Einsidleu en 1543 et 1653;

fe'i' i*kODTt’ES. il

l^oriraït 'à’vn rn'onstre ayant deux ieàes l’vne de masle et Vautre àe femelle i.

loüîanus Pontaiiüs. escrit que l’an mîlciiiqbensyingt-nëüf, neufléihe deianuier, il fut veu en Allemagne un enfant, masle ayant quatre bras et (Quatre iàmbës , duquel tu vois iby le pôrtrak.

1 Véifi certainement une de ces mons¬ truosités réellement observées , mais défi¬ gurées par l’ignorance. On sait que la plu¬ part des monstres sont du sexe féminin : on sait aussi que cheî; les foetus peu avancés , avec ou sans monstruosité, je clitoris proé- mine de manière à simuler assez, bien la verge. Un observateur superficiel aura cru voir une verge et une, vulve, à la fois., consé¬ quemment wn bermapbroditqj et plus tard

LK DIX-NEVFI^ME LIVRE,

Figure d’vn enfant masle ayant, quatre bras et quatre iambes.

La mesme année que le grand roy i François fit la paix auec les Soüis- | ses, nasquit en Allemagne vn mons¬ tre ayant vne teste au milieu du ven¬ tre : iceluy vesquit iusques en Faage d’iiomme : icelle teste prenoit aliment comme l’autre 1.

le dessinateur, faisant son esquisse d’après le texte , n’a trouvé rien de mieux que de figurer la vulve d’un côté, la verge et les testicules de l’autre. J’ai cependant me conformer à la figure de Paré, et j’en ai tou¬ jours agi ainsi à l’égard des figures que j’ai conservées.

1 Cette histoire est empruntée à Lycosthê- nes, qui la rapporte à l’année i51G (ouvr. cité , page 521 ), et il l’avait probablement copiée d’après Rueff, De conceptu et generu- tione, etc., 1554, page 44. La seule différence est que dans Rueff la face de l’individu en¬ tier est celle d’un enfant, tandis que dans

Figure d’vn homme ayant vne teste au milieu du ventre.

Le dernier iourde Feburier 1572, en la paroisse de Viaban , sur le chemin de Paris à Chartres, au lieu des peti¬ tes Bordes, une femme nommée Cy- priane Girande , femme de Jacques Marchant laboureur, accoucha de ce monstre , lequel vesquit iusques au dimanche ensuiuant ^

Lycosthènes et Paré elle est d’un homme. Du reste , l’histoire et la figure sont très probablement imaginaires. Il n’existe pas d’observation authentique d’une pareille monstruosité, et l’on peut tout au plus pré¬ sumer qu’il s’agissait d’un monstre analo¬ gue à celui de la page 7.

1 Rueff a une figure presque absolument semblable , ouv. cité, fol. 47 , qu’il rapporte à un individu observé en Angleterre en 1552. Lycosthène a copié l’histoire et la figure de 1 Rueff à la p. G 19 de son livre.

des monstres et prodiges.

i3

Porlrail de deux enfam bien monstrueux, ausquets vn seul sexe féminin se manifeste.

L’an 1572, le lendemain de Pas- costé : leurs sexes estoient mal distin- ques , à Mets efl Lorraine , dans l’hos- gués, de façon qu’on ne pouuoit con-

tellerie du Sainct-Esprit, vne Iruye noistre s’ils estoient masles ou fe-

cochonna vn cochon ayant huict iam- melles : ils n’auoient chacun qu’vn

bes, quatre oreilles, la teste d’yn conduit sous la queue : la figure du-

vray chien, les derrières des corps quel t’est demonstrée par ce portrait, séparés iusques à l’estomac , et depuis lequel puis n’agueres m’a esté enuoyé ioints en vn, ayant deux langues si- par monsieur Bourgeois, Docteur tuées au^ rauers de la gueule, et auoit en Medecine, homme de bon sça- quatre grandes dents, sçauoir est au- uoir et bien expérimenté en icelle, tant dessus que dessous , de chacun demeurant en ladite ville de Mets.

Figure d’un cochon monstrueux, nay à Mets en Lorraine,

J 4 PI^-NEY

A çQsj^ endfp.H

hors de propos d’escrire des femmes qui portent plusieurs enfans d’vne -ventrée

CHAPITRE V.

DUS FEMI«ES QVI PORTENT PLVSIEVRS ENFANS d’vne VENTREE.

Le commun accouchement des fem¬ mes est vn enfapt, toutesfois on voit (comme le nomîbrç des femmes est grand ) qu’elles accouchent de deux , que l’on appelle gémeaux, ou bessons : il y en a qui en accouchent de trois, qpatre^ cinq, six, Çt plus,.

Einpedo'cles dît <ï,ue lors qu’il y a grande quanti|é #d^ence , il sérail p,%alitd d’dqfdd^^ AdRes, cujqme les Stoijdues, disent qu’ils s’engen¬ drent pour ce qù’éd la matriçpii y g plusieurs cellules , sÇRdïdÜous. et cauités, et quand la sèjneqçe eft es- panduq en icelles , il se fait plusieurs enfâus. TouWsfàia ÇPid en la patrice de Iq fepiU.® d, M. ^ trouue qu’vne seule cauité : mais aux bestes , comme chiennes, pourceaux, et autres, il y a plüsieürs cellules, qui est cause] qu’elles portent plusieurs petits.

Aristote a escrit que la femme ne pouuôit enfanter d’vne portée plus de

1 Cette phrase se lit dans l’édition de 1573 ; dans telle de elle devint le titre du chapitre suivant, bien que le titre actuel existât déjà dès 1573; et enfin elle a été effa¬ cée dans toutes les autres. Je l’ai rétablie ici, parce qu’elle fournit au moins une appa¬ rence de transition entre ce chapitre et le suivant. La succession est d’ailleurs assez lo¬ gique, puisque la plupart des monstruosités décrites dans ce thapitre gont des fusions de deux jumeaux.

îdYRl?,

cinq enfant : toulesfois cola est ad- uenu en la semante d’Auguste César, que d’une portée elle accoucha de cinq enfans, lesquels (non plus que la mere ) ne vesquirent que bien peu de temps.

L’an 1554, à Berne en Soüisse,la femme de lean Gislinger, Docteur, enfanta pareillement d’vne portée cinq enfans, trois maslés et deux fe¬ melles C

Albucrasis dit estre certain d’vne dame qui en auoit fai[t sept : et d’une autre, laquelle s’estant blessée, auorta de quinze bien formés. Pline, ch. ii, liv. 7, fait mention d’une qui en auorta de douze. Le mesme autheur dit que l’on a veu à Peloponnese vne femme qui accôücha quaitrefois,età chaque portée de cirttf erifarfs , desquels la pluspart vesquirent.

Dalechanàps, en sa Chirurgie Fran¬ çoise, ch. Lxxiv, feuil. 448 , dit qu’vn , gentilhomme nommé Bonauenture Sauelli, Siènriois, luy a affermé qu’une sienne esclaue, (^u’il entre(,|noit, fit sept enfans d’une portée , desquels quatre furent baptisés. Et de notre temps, entre Sarteét Maine, parroisse de Seaux, près Chambellay, il y a une mqisqn dp genlilho(nme appellée la Maldemeure, duquel la femme eut la première année qu’elle fut mariée, deux enfans , la seconde année trois , la troisième quatre, la quatrième cinq, la cinquième six, dont elle mourut : il y a vn desdits six epfans viuant , qui est auiourd’huy sieur dudit lieu de Maldemeure.

ABeaufort en vallée, pays d’Anjou, vne ieune femme , fille de feu Macé Chauniere, accoucha d’un enfaqt , et

1 Cette histoire est empruntée à Lyco- sthènes, p. 644, d’après lequel j’ai recplié le nom de Gislinger dont leg imprimeurs de Paré avaient fait Gdinger.

DES ]\pNST;iES huict tliîf ioui s apres d’vn autre, qu’il luy fallut tirer hors ventre, ciont clip en mourut.

Mavtinus Cromejrus au iiure 9. de l’iiistoqe de l’pulpngne, esprit p^u’en la prpvincè de Çracouie, ü^arguerite, dafïip fort Ycrtueüse et de grande et ancienne maison , femme d’vn comte di^ Vipbps.laüs , accoucba Ip xx. iour c|e lanuîer 1269, d’vne ventrée de tpente ^ix: ppfans vift.

Fraqciscus Ficus ^irantlula esprit p[u’Yne femige en Italie, nommée 1)0- rpih^, accoucha ep deux fois vingt enfans , à sçauoir, de neuf en vne fois, et (l’onze à l’autre : laquelle pprtapt vp si grancl fardeau , estoi't si grosse qu’elle sousienoit sppî ventre,' qui îuy descendoit iüsgpés aux ge- noüils , auec vne grande bandé , qui luy prenoif au col et aux espau- Ips*. '

Or quppt à la raison tl6 la multi¬ tude des enfans, quelques -vps du tout ignares de l’apatoniie ont voulu persuader qu’en la mptriçe de la femme il y auoit plusieurs cellules et sinus, à sçauoir sept : trpis pu cpsté (froit pour les masles, trois au gauçlie pour les femelles, et le septiépie

1 Toutes les éditions ajoutent : comme tu vois pa-f ce portrait; et elles donnent en ètTét la figure d’une femme avec un ventre énor¬ mément grossi et soutenu par la bande in¬ diquée. Paré a copié cette figure dans Ly- côsthèaes , elle est reproduite au moins cinq ou six fois ; je t’ai retranchée comme étant de pure fantaisie et d’ailleurs inutile pour l’intelligence du texte. C’est aqssi (i’a- près Lycosthènes, p. G44, qu’il rapporte l’his¬ toire de Dorothea. J’ajouterai qu’immédiate- ment après cette figure, dans tes éditions de 1573 i't 1575, venait l’histoire de l’épita¬ phe fie Yolande Bailly, rèponée depuis au chapitre 44 du livre de la Génération, Voy. t. u,p. 736.

E'T PRODIGES. y 5

droit au piilieu pour les hermafro- dités : mesme que ce mensonge a esté aulhorisé iusqueslà, que qdelques- j Vps par après ont affermé vne cha¬ cune de ces sept caultés estre derechef diuisée en dix autres : et de ils ont ; tiré la multitude des enfans d’vnë Yentrée , ce que diuerses portions (le la semence estoient escartées et receuës en plusieurs cellules K Mai^

: telle chose n’est appuyée d’aucune j raison et authorité, aîns est côntraire I au seps et à la véuë, hien qùé Hip- , pôcrates semble auoir esté de céste i opinioh au Iiure De natùra puéfil i mais Aristote, Iiure i , chapitre 4, De I genéràtiàne ammai.,pense qu’il se fait ] des îumeaux, ou plusieurs enfâhy i d’une ventrée , de mesme sorte qu’ vn ! sixième doigt en la main , à sçaüëif, i pour la redondance de la matière , j laquelle estant éh grande abondance, j si elle vient à se diuiser en deux, j il fait des iupieaux.

Il ih’a semblé bon qu’à cest en- I droit îé descriüé des herniafrodites , à causé qu’ils viennent'aussi de süpér- abondance de matière. '

CHAPITRE VL

DES HERMAFRODITES OU ANDROGYNES , C’ESt-A-DIRE, QUI EN VN MESME CORPS ONT DEUX SEXES.

Les hermafrodites ou androgynes sont des enfans qui naissent auec double membre génital , Pvn niascu- lin, l’autre féminin, et partant sont

1 II a 'déjà parlé de celte opinion , mais avec moins de détails au commencement du chapitre ; du reste , ce paragraphe a été ajouté en 1575.

le DIX-NEVFIÉME LIVRE,

x6

appelés en notre langue françoiso, hommes et femmes K Or quant à la cause , c’est que la femme fournit autant de semence que l’homme proportionnément , et pour-ce la vertu formatrice, qui tous- iours tasche à faire son semblable, à sçauoir de la matière masculine vn masle , et de la féminine vne femelle, fait qu’en vn mesme corps est trouué quelquesfois deux sexes, nommés hermafrodites. Desquels il y a quatre différences, à sçauoir, hermafrodite masle , qui est celuy qui a le sexe de l’homme parfait , et qui peut engen¬ drer , et a au perinæum ( qui est le lieu entre le scrotum et le siégé ^ ) vn trou en forme de vulue , toutesfois non pénétrant au dedans du corps, et d'iceluy ne sort vrine ne semence. La femme hermafrodite, outre sa vulue qui est bien composée , par la¬ quelle iette la semence et ses mois, a vn membre viril, silué au-dessus de ladite vulue , près le penil , sans prepuce : mais vne peau delièe , la¬ quelle ne se peut renuerser ne retour¬ ner , et sans aucune érection , et d’i- celuy n’en sort vrine ny semence , et ne s’y trouue vestige de scrotum ne testicules. Les hermafrodites qui ne sont ne l’vn ne l’autre , sont ceux qui sont du tout forclos et exempts de génération , et leurs sexes du tout im¬ parfaits, et sont situés à costé l’vn de l’autre , et quelquesfois l’vn des¬ sus et l’autre dessous , et ne s’en peu- uent seruir que pour ietter l’ vrine. Hermafrodites masles et femelles , ce sont ceux qui ont les deux sexes bien

formés , et s’en peuuent aider et ser¬ uir à la génération : et à ceux-cy les lois anciennes et modernes ont fait et font encore eslire duquel sexe ils veulent vser, auec defense, sur peine de perdre la vie, de ne se seruir que de celuy duquel ils auront fait élec¬ tion , pour les inconueniens qui en pourroient aduenir. Car aucuns en ont abusé de telle sorte , que par vn vsage mutuel et réciproque , paillar- d ient de l’vn et de l’autre sexe : tan- tost d’homme , tantost de femme , à cause qu’ils auoient nature d’homme et femme , proportionnée à tel acte , voire comme descrit Aristote, leur tetin droit est ainsi comme celuy d’vn homme, et le gauche comme celuy d’vne femme L

Les médecins et chirurgiens bien experts et auisés peuuent connoistre si les hermafrodites sont plus aptes à tenir et vser de l’vn que de l’autre sexe, ou des deux , ou du tout rien. Et telle chose se connoistra aux par¬ ties génitales , à sçauoir si le soa; fé¬ minin est propre en ses dimensions pourreceuoirla verge virile, et si par iceluyfluent les menstrues ; pareille¬ ment par le visage , et si les cheueux sont délies ou gros : si la parole est virile ou gresle, si les tetins sont sem¬ blables à ceux des hommes ou des femmes : semblablement si toutel’ha- bitude du corps est robuste ou effé¬ minée , s’ils sont hardis ou craintifs et autres actions semblables aux masles ou aux femelles. El quant aux parties génitales qui appartien¬ nent à l’homme , faut examiner et

1 Androgyne en grec signifie homme et femme, et femme et homme, A. P.

2 Cette définition est exacte j malheureu¬ sement Paré en a ajouté en marge une autre qui l’est moins et que voici ; Perinæum , c’eut -à-dire l’enlrefesson.

du.. pro.a et4 - Paul, liure G, chap fit). - Plin hu. 7, chap. 2. - a. P. _ 1579 J ai fait voir ci-devant, page H com¬ menta pu venir celte idée absurde d’bcrma-

Phrodites ayant la vulve à côté de la verge

DES MONSTRES

voir s’il y a grande quantité de poil au penil et autour du siégé ; car com¬ munément et quasi tousiours , les femmes n’en ont point au siégé : Sem¬ blablement faut bien examiner si la verge virile est bien proportionnée en grosseur et longueur, et si elle se dresse . et d’icelle sort semence : qui se fera par la confession de l’herma- frodite , lorsqu’il aura eu la compa¬ gnie de femme ; et par cest examen on pourra véritablement discerner et connoistae l’hermafrodite masle ou femelle , ou qu’ils seront l’vn et l'autre , ou qu’ils ne seront ny l’vn ny l’autre. Et si le sexe de l’hermafrodite tient plus de l’homme que de la femme , doit estre appelé homme : et ainsi sera-il de la femme. Et si l’hermafrodite tient autant de l’vn que de l’autre, il sera appelé herma- frodite homme et femme *.

L’an mil quatre cens quatre vingts et six, on veit naistre au Palatinat, assez près de Heidelberg, en vn bourg nommé Rorbarchie, deux enfans gé¬ meaux s’entretenans , et ioints en¬ semble dos à dos, qui estoient her- mafrodiles, comme on les peut voir par ce portrait

Toutes les éditions ajoutent : comme lu peux voir par ce portrait ; et en effet , on voit une figure humaine portant une vulve du côté droit, une verge et des testicules au côté gauche , avec ce titre : Pouriraici d’vn hermafrbdile homme et femme. C’est une de ces figures qui déshonoraient ce livre, et j’ai d’autant moins hésité à la supprimer, qu’on n’en retrouve que trop fidèlement le trait principal dans la figure de la page 11 empruntée à Cælius Rhodiginus, et dans celle qui va suivre.

® Il s’agit ici tout simplement de deux fœ¬ tus femelles joints ensemble , jugés herma¬ phrodites à raison de la longueur du clito¬ ris, et défigurés par l’ignorance des compi-

III.

ET PRODIGES. l'7

Figure de deux enfans gemeaux hermafrodi- tes, eslans ioints dos à dos l’vn auec l’autre.

Le iour que les Vénitiens et Gene- uois furent reconciliés, nasquit en Ita¬ lie (comme raconte Boistuau) un monstre qui auoit quatre bras et qua¬ tre iambes , et n’auoit qu’vne teste , auec la proportion gardée en tout le reste du corps , et fut baptisé , et ves- quit quelque temps apres.

Jacques Rueff, chirurgien de Surich , escrit en avoir veu vn semblable , le¬ quel auoit deux natures de femme , comme tu peux voir par ce portrait.

lateurs. Voyez la note 2 de la page 1 1 . Celte histoire et cette figure sont prises de Lyco- sthènes, ouvrage cité, page 496. Lycosthènrs dit, in Rorbachio, qu’on pourrait traduiic tout au plus par Rorbach ; mais toutes les éditions de Paré portent Rorbarchie.

2

l8 tt DlX-NEVFliME LIVRE,

t'igun d’vn monstre ayant quatre bras et qua¬ tre pieds, et déitx haiurés de femme i.

1 Ce monstre e^t en effet fidèlement copié d’après la figure de Rueff, édit, citée, fol. Quant aux deux vulves, stupidement placées dans cette figure à côté l’une de l’autre, il est probable qu’elles appartenaient, l’une au bassin antérieur, l’autre au bassin posté¬ rieur.

Le chapitre ne se terminait point dans les premières éditions.

D’abord l’édition de 157-3 offrait ici le pa¬ ragraphe relatif au monstre imaginaire qui a été ajouté depuis au chapitre 3 ( voy. ci- devant la dernière note de la page 4 ) 5 ce changement de place a eu lieu en 15 J5.

Après quoi la même édition de 1573 con¬ tenait un assez long passage sur les nymphes, augmenté encore en 1575 , réduit en 1679 , et enfin tout-à-fait supprimé en 1586 , o?u.

CHAPITRE VII.

HISTOIHES MEMOBABLE9 DE CEltTAlNÈâ FEMMES QVl SONT DÉGÉNÉRÉES EN HOMMES.

Amatus Lusitanus recite qu’il ÿ eut en vu bourg nommé Esguetra, yne fille appelée Marie Pacheca , la-

pour parler plus exactement , reporté alors à la fin du chapitre 34 du l'r Hvre de VAna'^ tpmie. On peut lire tout ce passage aux pages 168 et 169 du tome I" de notre édition; il commence par ces mots : D’abondant au com¬ mencement du col de la matrice, elç., au haut la colonne de la page 168 ; et toqte cette colonne jusqu’aux mots goutte à goutte représente exactement le passage de l’édir tion de 1573 ; le reste du paragraphe , jus¬ qu’aux mots : aux operations de chirurgie, re¬ présente la fin du passage dans l’édition de 1579 ; et c’est en ce sens qu’il convient de rectifier la première note de la page 169.

Mais pour revenir au texte bien plus étendu de l’édition de 1575, Paré y citait toùt au long le texte de Léon l’Africain , qu’il a jugé â propos de supprimer depuis.

0 Entre les deuineurs qui sont à Fez, ville principale de Mauritanie en Afrique, il y a certaines femmes (dit-il liure 3.) qui faisans entendre au peuple qu’elles ont familiarité aux démons , se parfument auec quelques odeurs , feignants l’esprit leur entrer au corps, et par le changement de leur voix donnent à entendre que ce soit l’esprit qui parle par leur gorge : lors on leur laisse en grande reuerence vn don pour le démon. Les doctes africains appellent telles femmes Sahacat, qui Vaut en latin Fricalrices, par¬ ce qu’elles se frottent l’vné l’autre par plai¬ sir, et véritablement elles sont atteintes de ce meschant vice d’vser charnellement les vnes auec les autres. Parquoy si quelque femme belle les va interroguer, pour paye¬ ment au nom de l’esprit, luy demandent les copulations charnelles. Or il s’en trouue

DES Mo^^Stt^ÈS ET PRbDlGÈS.

qliellé efetàlit SÜS Ife tëiüiis qüe lës fii- lë^ fcottlnlëticeht a aüoir lëiirs fleurs , au lieu flèSdites fléUrs iuy sortit uii rtiëtiibre Viril, lë^tiel estoit caché de¬ dans autyat’àiiatit , et ainsi de férnëiië dëüihtfnasle : pdi-qtioÿ ëlte fût vestüë de r'ëbhë d’hënimë, ët Son nôhi ]ytài*ie fût ëhangë ëti Manilet. Icëlüÿ Itafiquâ tëng tëtüflS és iiideS , Ou ayant acquis gî'ancl in-üit et gfànctës flChëéSës, a Sëü l'ëibüt se rnafia : tou- tësfels cëst authëtii* ne Sçait s’il eut | èfifans : Ÿray ëSt (dit-il) qu’îi dë- meüëà tousieürs Saris büfhe K

quelques ynes qui , ayants pris guust à ce ieu, allechees par le doux plaisir qu’elles en reçoyuent , feignent ëstre malades , et en- tiôye'flt qüèrîr çes dîuinéréSsés , et te plus souuent font fjifé Ifc' fhesèage pat leur rtiaty mesme: mais pour mieux couurir leur mes- chanceté , font accroire au mary qu’vn es¬ prit est entré dedans le corps de leur femme : la santé de laquelle ayant en recommanda¬ tion, il faut qu’il luy donne congé de se pouuoir mettre au rang des diuineresses : pàfqdôy bô'n tè'ari y èônSentànt , {jtégdrë vn somptueui fëstift k toàte èéste venerable bande, à la fin duquel on se met au bal, puis la femme a congé de s’en aller bon luy semble. Mais il s’en trouue quelques vns, lesquels finement s’apperceuants de ceste ruse , font sortir l’esprit du corps de leurs femmes à beaux coups bastonnades. D’au¬ tres aussi donnants à entendre aux diuine- fessès qu’ils sont détenus par les esprits, les dèçoyuèrtt par Wesme moyen qu’elles ôiit fait leùrs fèntmes ; Voyla ce qu’en escrit Leon l’Africain. Assenrant en autre lien qu’il y a gens en Afrique qui vont par la ville à la mode de nos Ghastreux , et font mestier de couper telles caruncules , comme auons monstré cy deuant aux operations de Chi¬ rurgie. »

On voit aussi par ce texte que la citation de YArrest de lean Papou est une addition de 157y.

1 C’est la trente-neuvième histoire de la

centurie deuxième d’Amatus Lusitanus. J’ai

.

Aiitbîhë LoquenëUx , recëuéür des tdilies pour le roy à sainct Quentin , ti’agüéres m’a affirmé i auoir veü vn homme au logis dit Cygne à Rhëims , l’aii soixante , ïeqiiël semblablement oii aübit ëstimé estfë fille iüsqüës en l’ààge quatbfze ans : mais se ibüànt ët fblàstfànt, èstant cbüché auec vne ckàtiibfiere , ses partiès génitales d’hbmmë se vindrerit à deüëlbpper : le perë et la nierë connbissarit estrè tel, luy firent par aûthbrité l’È- glisë changer le nom de léfinne à lèan , et lüy furent baillés habillé-' inëns d’homme.

Aussi estant à la süitë du foÿ 2, à Vitrÿ le François en Champagne , i’ÿ vis vn certain personnage * noinmé Germain Garnier : aüctins le nbm- inoiènt Germain Maine , ^àf-ce qu’es¬ tant fille estoit appellé Alarie : jeûné homme de taille moyenne, trappë, et bien amassé , portant barbe rousse assez espaisse , lequel iusqu’au quin¬ ziéme an de son aiage auoit esté tenu pour fille, atiendû qu’en luy ne se nionstroit aucune marque de virilité , ët inesme qu’il se tenoit auec les Allés en habit de femme. Or ayant atteint i’aage susdit, comme il estoit aux champs, et poursuiuoit assez viuë-

rectifié d’après l’auteur le nom du bourg Ésgueira , dont les imprimeurs de Par^ avaient fait Esgücinai le nôffi de Pdchecd, qu’ils avàîent changé èil Patècd et eiïfifi le nom de Manuel, deTeritt sous leurs liidins Emanuel.

1 N’agueres ; Paré écrivait cecî en 1573<

a L’édition de 1573 porte : Auesi estant dei'- rmrement à la suite du Roy, avec cette note marginale : le Roy à présent régnant. Dès 1575 , Paré avait mis en marge : Le Roy Charles régnant ; et le mot dernièrement a été retranché en 1579.

3 Editions de 1575 et 1575 ; vn certain pastre.

20

LE DIX-NEVFi:^ME LIVRE,

ment ses pourceaux qui alloient de¬ dans vn blé, trouuant vn fossé le voulut affranchir: et l’ayant sauté, à l’instant se viennent à luy deuelop- per les genitoires et la verge virile , s’estans rompus les ligamens par les¬ quels au-parauant estoient tenus clos et enserrés (ce qui ne luy aduint sans douleur ) et s’en retourna larmoyant en la maison de sa mere , disant que ses trippes luy estoient sorties hors du ventre : laquelle fut fort estonnée de ce spectacle. Et ayant assemblé des Médecins et Chirurgiens, pour des sus auoif aduis, on trouua qu’elle estoit homme , et non plus fille : et tantost apres auoir rapporté à l’Eues- que , qui estoit le défunt Cardinal de Lenoncourt , par son autorité et as¬ semblée du peuple, il receut le nom d’homme : et au lieu de Marie ( car il estoit ainsi nommé au-parauant) il fut appellé Germain, et luy fut baillé ha¬ bit d’homme : et croy que luy et sa mere sont encore viuans.

Pline , liu. 7 ch, 4., dit semblable¬ ment qu’vne fille deuint garçon, et fut confiné pour ceste cause en vne isle deserte et inhabitée , par arrest des Aruspices K II me sembl ' que ces deuineurs n’auoient occasion de ce faire , pour les raisons cy dessus allé¬ guées : toutesfois ils estimoient que telle monstrueuse chose leur estoit mauuais augure et présagé, qui estoit la cause de les chasser et exiler

La raison pourquoy les femmes se peuuent dégénérée en hommes , c’est que les femmes ont autant de caché dedans le corps, que les hommes des- couurent dehors : reste seulement qu’elles n’ont pas tant de chaleur, ny suffisance pour pousser dehors ce

1 Aruspices ou deuineurs. A, P,

* Le chapitre se terminait ici en 1673; le reste est de 1676.

que par la froidure de leur tempéra¬ ture est tenu comme lié au dedans. Parquoy si auec le temps, l’humidité de l’enfance qui empeschoit la cha¬ leur de faire son plein deuoir estant pour la plus part exhalée , la chaleur est rendue plus robuste, acre et ac- tiue , ce n’est chose incredible qu'i¬ celle, principalement aidée de quel¬ que mouvement violent, ne puisse pousser dehors ce qui estoit caché de¬ dans. Or comme telle métamorphosé a lieu en nature par les raisons et exemples alléguées : aussi nous ne trouuons iamais en histoire véritable que d’homme aucun soit deuenu fem¬ me, pour-ce que Nature tend tous- iours à ce qui est le plus parfait , et non au contraire faire que ce qui est parfait deuienne imparfait.

CHAPITRE VIII.

EXEMPLE DV DEFAVT DE LA QVANTITÉ DE LA SEMENCE.

Si la quantité de la semence (comme nous auons par cy deuant dit) man¬ que, pareillement quelque membre defaudra aussi , plus ou moins. De aduiendra que l’enfant aura deux tes¬ tes et vn bras, l’autre n’aura point de bras ; vn autre n’aura ny bras ny iambes, ou autres parties defaillan¬ tes , comme nous auons dit cy des¬ sus : l’autre aura deux testes et vn seul bras , et le reste du corps bien accompli , comme tu vois par cette figure

éditions complètes, à partir de celle de IJ

ont omis ces mots ; comme lu vois par c figure, et rejeté la figure après les deux s vantes : changement qui n’était d’accorc

DES MONSTRES Figure d’vn monstre ayant deux testes , deux i iambes, et vn seul bras

L’an 1573. ie veis à Paris, à la porte de sainct André des Arts , vn enfant aagé de neuf ans, natif de Parpeuille, village trois lieues près de Guise : son pere se nommait Pierre Renard, et sa mere qui le portoit. Marquette. Ce monstre n’auoit que deux doigts à la main dextre , et le bras esloit assez bien formé depuis l’espaule iusqu’au coude, mais depuis le coude ius-

avec le texte, ni avec la logique. Seulement j’ai gardé à la figure son titre de 1575, le pri¬ mitif ayant été alors transporté à la figure suivante.

> On trouve une figure presque semblable dans RuelT, ouvr. cité fol. 49, verso, et dans Lycosthènes , qui parait l’avoir copiée de Rueff.

ET PRODIGES. QI

qu’aux deux doigts estoit fort dif forme. Il estoit sans iambes ; toutes- fois luy sortoit hors de la fesse dextre vne figure incomplète d’vn pied , ap¬ parence de quatre orteils : de l’autre fesse senestre en sortoit du milieu deux doigts, l’vn desquels ressem- bloit presque à la verge virile. Le¬ quel t’est demonstré au vray par ceste présente figure L

Figure d’vn enfant monstrueux , du defaut de la semence en deuë quantité.

L’an 1562, premier iour de Nouem- bre , nasquit à Ville-franche de Bey- ran en Gascongne, ce présent monstre sans teste, lequel m’a esté donné par monsieur Hautin , docteur regent en la faculté de medecine à Paris , duquel monstre as icy la figure tant ante¬ rieure que postérieure, et m’a affirmé l’auoir veu.

1 Ce paragraphe et la figure qui le suit ont été ajoutés en 1575. L’auteur transporta alors à cette figure le titre qu’il avait d’a¬ bord attribué à la précédente j voyez la der¬ nière note de la page 20.

Lip DIX-NEVFtÉME tlVRE,

as

Figm d'n «este i.

On a veu depuis quelque temps

I Cette pgure, avec le texte qui s’y rap¬ porte, a été ajoutée eu 1575, et l’auteur avait mis en marge cetlç naïve exclamation ; Chose fort m6ns,trueme, voir vue femme sans teste !

II est à remarquer que le texte français semble dire d’abord que le monstre lui- même a été donné à Paré par Hautin , et qulensuite il est manifeste que c’était seu¬ lement la figure. De plus, Paré dit nettement que Hautin avait vu le, naenstre, et cela n’était pas , ain^i que nous allons le voir.

On lit en effet dans la traduction latine :

Amo Domini 1562 calendis navembvis , j Fillœ-Frmcm in Fqseoniâ , namm est qwd appictuvi hh vides mçnstnum , fœmm «ce-, phalon, cujus imaginem A Fontaho A-G^hçnsi MEDICO QUI SE ID VIDISSE SANCTK AFFIRMABAT

ciçceptam, mihi hanç de mqnsUàs comrnerttqtio- nem pqrattli obtqlit Joanuçs AWm.s dficlpr medicqs-

Or, ce texte, fait paître plq? d’un.e ré-. flexion, Qu’était-ce don.c, quacq traducteqç»

en çà à Paris vn homme sans bras, aagé de quarante ans ou enuiron , fort et robuste, lequel faisoit presque toutes les actions qu’vn autre pou- uoit faire de scs mains : à sçauoir, auec son moignon d’espaule et la teste, ruoit vne coigpée contre vne pièce de bois aussi ferme qu’vn au¬ tre homme eust sceu faire auec ses bras. Pareillement faisoit cliqueter vn foüet de chartier , et faisoit plu¬ sieurs autres actions : et quec ses pieds mangeoit, beuuoit, et iouoit aux car¬ tes et aux dez, ce qui t’est demonstré par ce portrait; A la fin ftit larron , voleur et meurtrier, et exécuté en Gueldre , à sçauoir pendu , puis mis sus la roué,

si bien instruit de l’affaire, qu’il rectifie com¬ plètement soq auteur, apporte une autre au¬ torité, et rejette soigneusement loin de Hau¬ tin l’idée que celui-ci ait vn le prétendu monstre? Il est presque impossible que ce soit un autre que Hautiq lui-méme ; et c’est une preuve à peu prè^ décisive de l’opi¬ nion que nous avions avancée comme pro¬ bable touchant le traducteur latin de Paré. Voyez mon Introduction , pages cccxxvij et ccexxxü.

Qq voit, qussi queçette figure , venue à Paré de tfoiâème m?m, certifiée seule¬ ment par un médecin de province , ne nié- rite pas confiance pour tous ses détails. 11 faut dire que Paré avait donné deux figures de ce monstre; Fune, qiie j’ai retranchée , le représentait par derrière avec une espèce de trompe au milieu du dos, et sur les omo¬ plates deux spirales situées à l’égard de U tropape eppime les yçux le sont au-dessus du nez. Enfin , les deux saillies que l’on aperçoit sur les épaules, comparées dans l’une Qt l’aulrq fi,§,ur.e , avaient, quelque res-. semblancè éloignée ayec lés Oi'eil|le.s, Assu¬ rément le médecin d’Agen a pu observer un acéphale , et cette monstruosité n’est pps bien r,are; mais, le dçssin qu’il eq a tracé fait phis d’honnçur à son imagipatlon qb'à, ; son esprit observàtèür. ^

DES MONSTRES

Fîgur'e d'vii homme sans bras

Semblablement , de recente mé¬ moire , on a veu à Paris vne femme sans bras, qui tailloit et cou soit, et faisoit plusieurs autres actions.

1 Rueff donne exactement Va figure de l’homme , mais sans les instruments dont H se servait , ouvr. cité, fol. 43 ; et il dit l’a¬ voir vu se servir des pieds comme il aurait pu faire des mains. Lycostfiènes a copié la figure, en y ajoutant le fouet , la hocbe , les dés.etç. (ouvr. cité, p. 636); en consé¬ quence l’histoire est un peu amplifiée ; il la rapporte à l’an 1528. On peut conjecturer que Paré en copiant la figure a cependant voulu parler d’un autre individu ; disait dans son édition de 1573 : on a veii.rt’oÿiieves à Paris., etc,; il a remis , depuis quelque, temps «U ça, dé» l’édition de léio»

ET PRODIGES.

Hippocrates au liure 2 des Epidé¬ mies escrit , que la femme d’ Anti¬ genes accoucha d’vn enfarit tout chair, n’ayant aucuns os , neantmoins auoit toutes les parties bien formées,

CHAPITRE IX.

EXEMPLE DES MONSTRES QUI 9E FONT PAR IMAGINATION.

Les anciens qui ont recherché les secrets de Nature ‘, ont enseigné d’au¬ tres causes des enfans monstrueux ^ et les ont référés à vne ardente et obstinée imagination que peut auoir la femme ce pendant qu’elle conçoit, par quelque obiet, ou songe fantasti¬ que , de quelques visions nocturnes, que l’homme ou la femme ont sus l’heure de la conception. Cecy mespie est vérifié par t’authorité de Moyse , il monstre couime lacob deceut son beau-pere Laban, et s’enrichit de son bestial , ayant fait peler des verges , les mettant à l’abreuuoir, à fin que les chéures et brebis regardans cçs verges de couleurs diuerses , formas¬ sent leurs petits marquetés de diuer¬ ses taches 2 : par-ce que l’imagination a tant de puissance sus la semence et géniture, que le rayon et charac- tere en demeure sus la chose enfan¬ tée.

Qu’il soit vray , Heliodore escrit que Persina , royne d’Ethiopie , coti- ceut du roy Hydustes, tous deui Ethiopiens , vne fille qui estoît blan¬ che , et ce par l’imàginatioii qu’elle attira de la semblance de la belle Andromeda , dont elle auoit la pein-

1 Aristote , Hippocrates et Empedocle^

A.P.^

Moyse, 30 cAap»— Ai

le dix-nevfi:éme livre

a4

tare deuant ses yeux pendant les embrassemens desquels elle deuint grosse K

Damascene , auteur graue , at¬ teste auoir veu vne fille velue comme vn ours , laquelle la mere auoit en¬ fantée ainsi difforme et hideuse, pour auoir trop ententiuement regardé la figure d’vn sainct lean vestu de peau auec son poil , laquelle estoit atta¬ chée au pied de son lit , pendant qu’elle conceuoit.

Par semblable raison Hippocrates sauua vne princesse accusée d’ adul¬ téré , par-ce qu’elle auoit enfanté vn enfant noir comme vn more , son mary et elle ayans la chair blanche : laquelle à la suasion d’Hippocrates fat absoute, pour le portrait d’vn more semblable à l’enfant, lequel coustumierement estoit attaché à son lit 2.

D’auantage, on voit que les connins et paons qui sont enfermés en des lieux blancs , par vertu imaginatiue engendrent leurs petits blancs

Et partant faut que les femmes , à l’heure de la conception, et lorsque l’enfant n’est encore formé ( qui est de trente ou trente-cinq iours aux masles, et de quarante ou quarante- deux, comme dit Hippocrates , liure De natura pueri, aux femelles) n’ayent

1 Heliodore, liu, 10 de son Histoire Æthio- pique. A. P. 1572.

2 Ces deux histoires ont été empruntées à Boaistuau , ouvrage cité, fol. 14, ainsi que deux figures qui suivaient sous ce titre : Figure d’vne fille velue et d’vn enfant noir

faits par la vertu imaginatiue.

J’ai retranché sans scrupule ces figures , fort inutiles et d’ailleurs tout-à-fait fantasti¬ ques. J’ignore du reste Boaistuau a été chercher cette histoire d’Hippocrate, qui est absolument apocryphe.

î Cette phrase manque jusqu’à l’édition de 1585.

à regarder ny imaginer choses monstrueuses ; mais la formation de l’enfant estant faite , iaçoit que la femme regarde ou imagine attentine- mciit choses monstrueuses, toutesfois alors l’imagination n’aura aucun lieu, pour-ce qu’il ne se fait point de trans¬ formation depuis que l’enfant est du tout formé.

En Saxe , en vn village nommé Stecquer , fut vn monstre ayant quatre pieds de bœuf, les yeux , la bouche, et le nez semblables à vn veau , ayant dessus la teste vne chair rouge , en façon ronde ; vne autre par derrière , semblable à vn capu¬ chon de moyne , ayant les cuisses dé¬ chiquetées*.

L’an mil cinq cent dix-sept, en la paroisse de Bois le Roy, dans la forest de Biere , sur le chemin de Fontaine- Bleau,nasquit vn enfant ayant la face d’vne grenoüille, qui a esté veu et vi¬ sité par maistre lean Bellanger, chi¬ rurgien en la suite de l’Artillerie du roy , és présences de messieurs de la iustice de Harmois : à sçauoir hono¬ rable homme lacquesBribon, procu¬ reur du roy dudit lieu , et Estienne Lardot , bourgeois de Melun , et lean de Vircy, notaire royal à Melun , et autres : le pere s’appelle Esme Petit ,

* Toutes les éditions ajoutaient : comme tu vois par ceste figure; et faisaient suivre en effet le texte d’une figure intitulée :

Figure d’vn monstre fort hideux ayant les

mains et pieds de bœuf, et autres choses

fort monstrueuses.

Cette figure monstrueuse , qui a pu avoir cependant un original réel , mais défiguré par le dessinateur, dans quelque anencé- phale, a été donnée d’abord par Rueff, ouvr. cité, fol. 46 , verso , et copiée par Lycosthè- nes, ouvr. cité, p. 530.

Le chapitre se terminait ici en 15735 l’his¬ toire qui suit a été ajoutée en 1579,

DES MONSTRES ET PRODIGES.

25

et la mere Magdaleine Sarboucat, Ledit Bellanger , homme de bon es¬ prit , désirant sçauoir la cause de ce monstre, s’enquit au pere d’où cela pouuoit procéder: luy dist qu’il esti ' moit que sa femme ayant la fléure , vne de ses voisines luy conseilla pour guarir sa fléure , qu’elle print vne grenoüiile viue en sa main, et qu’elle la tint iusques à ce que ladite gre- noüille fust morte : la nuit elle s’en alla coucher auec son mary, ayant tousiours ladite grenoüiile en sa main : son mary et elle s’embrasseront , et conceut, et par la vertu imagina tiue ce monstre auoit esté ainsi produit*.

CHAPITRE X.

EXEMPLE DE l’aNGUSTIE OU PETITESSE DE LA MATRICE.

Il se fait aussi des monstres pour la detresse du corps de la matrice : comme l’on voit que lors qu’vne poire attachée à l’arbre , posée en vn vaisseau estroit deuant qu’elle soit accreuë, ne peut prendre croissance complette ; ce qui est conneu aussi aux dames qui nourrissent des ieunes chiens en petits paniers, ou autres vaisseaux estroils, pour garder de croistre. Pareillement la plante nais-

* Toutes les éditions ajoutent ici : comme tu vois par cesie figure-, et donnaient en effet une Figure prodigieuse d’vn enfant ayant la face d’vne grenouille.

On peut aisément se ia représenter d’après la description ; et eiie était trop absurde pour être reproduite. Il s’agissait probablement encore de quelque anencéphale; du reste Paré avait copié ceite figure d’après un pla¬ card que l’on criait par les rues de Paris, auec priuilege , comme ii nous l’apprend lui- même au chapitre 21.

sant de terre , trouuant vne pierre ou autre chose solide à l’endroit elle vient , fait que la plante sera tortue , et engrossie en vne partie, et gresle en l’autre : semblablemént les enfans sortent du ventre de leurs meres monstrueux et difformes. Car il dit > qu’il est necessaire qu’vn corps qui se meut en lieu estroit, deuienne mutile et manque.

Empedocle et Diphile ont attribué semblablement cela à la superabon¬ dance, ou defaut et corruption de la semence, ou à l’indisposition de la matrice : ce qui peut estre véritable , par la similitude des choses fusibles , esquelles si la matière qu’on veut fondre n’est bien cuitte , purifiée et préparée , ou que le moule soit rabo¬ teux, ou autrement mal-ordonné , la médaillé ou effigie qui en sort est défectueuse , hideuse et difforme.

CHAPITRE XT.

EXEMPLE DES MONSTRES QVI SE FONT , LA MERE S’ESTANT TENVE TROP LONGVE- MENT ASSISE, AYANT EV LES CVISSES CROISÉES, OV POVR S’ESTRE RANDÉ ET SERRÉ TROP LE VENTRE DVRANT QV’eLLE ESTOIT GROSSE.

Or quelquesfois aussi il aduient,par accident , que la matrice est assez ample naturellement, toutesfois la femme estant grosse ,pour s’estre te¬ nue quasi tousiours assise pendant sa grossesse , et les cuisses croisées , comme volontiers font les cousturie- res ou celles qui besognent en tapis¬ series sus leurs genoüils , ou s’estre

Ce mot il dit se rapporte à Hippocrate que Paré cite en marge. Hipp., lia. de lu Geniture.

26

I)lX-NEVPlIïMÊ LIVRE,

bandé et trop serré le ventre, les enfans naissent courbés, bosstis, et contrefaits, aucuns ayans les mains et les pieds lortus, comme tu vois par cesta figure.

Figure d’vn enfml qvi a esté pressé au Pentre de samere, ayant les mains et pieds tarfus i.

^*ortrait d’un prodige et enfant pptrefié, leqpel g esté trouué au cad,a-

I Ruefif a une figure semblable , ouvrage cité,, fol.46, verso.

II s’agit ici des ilfcormités connues sous les noms de pieds bâts êt de mains botes ; et Ton voit que la théorie qui les' attribue à Une pressioti subie par fenfant dans la ma¬ trice remonte assez haut.

Le chapitre se termine ici dans les pre- naières Mitioia^ Ce n’est qa’en l&8à que Paré y a ajouté tout ce qui luitt

uer d’vne femme en la ville de Sens* le seizième de May mil cinq cens oc¬ tante deux, elle estant aagéo de soixante huit ans, et l’ayant porté en son ventre par l’espace de vingt huit ans. Ledit enfant estoit quasi tout ra¬ massé en vn globe : mais il est icy peint de son long , pour mieux faire voir l’en tiere figure de ses membres, hors mis vue main qui estoit défec¬ tueuse.

se peur coniirnter par Matthias Cornax, médecin de Maximîllan, roy des Romains, lequel recite queluy- mesme assista à la dissection du Ven¬ tre d’vne femme, laquelle auqit porté en sa matrice son enfant , l’espace de quatre ans. Aussi Egidins Hertages , medecm à Bruxelles, Mi «tentiai;

DES MONSTRES ET PRODIGES.

d’une femme qui a porté en ses flancs, treize ans reuolus , le seelete d’vn en¬ fant mort. loannesLangius,en l’epis- tre qu’il escrit à Achilles Bassarus , tesraoigne aussi d’vne femme , qui es- toit d’vn bourg appellé Eberbacb, laquelle rendit les os d’vn enfant qui estoit mort en sqn yentye ans au-parayapt.

CHÆPITR3E XII,

EXEMPLE DES MONSTRES QVI SONT EN¬ GENDRÉS, LA MERE AYANT REÇV QVEL- QVE COVP,OVCHEVTE,EST4NT GROSSE

d’enfant.

D’auantage quand la mere reçoit quelque coup sus le ventre, ou qu’èUe tombe de haut en bas , les eufàns en peuuent auoir les os rompus , desboi- tés et torturés, ou reçeupir autre vice , conrme eslre boiteux , bossus et contrefaits : ou pour cause que l’en¬ fant deuient malade au ventre de sa mere , ou que le uourrissement dont il deuoit croistre soit escoülé hors la matrice ‘. Pareillement aucuns ont attribué les monstres estre procréés de la corruption des viandes ordes et sales que les femmes mangent , ou

Tçutes les éditipqs , É pavUr la cin¬ quième, portent, ici simplement : oa poH?- cause que f enfant deuient malade au ventre de sa mere, ou que les femmes mangent, etc. C’est une laeune qui résulte de deux lignes sautées dans la cinquième édition et qui existent dans toutes les précédentes; aussi cette cinqaième édition porte ou, que le les femmes mangent, ce qui accusait la lacu»e; ce sont les. éditeurs suivants qui , pour don¬ ner plus de suite à la pht:a,se , ont retraRÇUé l’article «dns S’inquiéter du sensk

27

désirent manger, ou qu’elles abhor¬ rent de voir tost apres qu’elles ont conceu : ou que l’on aura ietté quel¬ que chose entre leurs tetins , comme vne cerîse , prune , grenoüille , vne souris , ou autres choses qui peuuent rendre les enfans monstrueux.

CHAPITRE XIII.

EXEMPLE DES MOnSTRRS QVI SE FONT

PAR LES MALADIES HEREDITAIRES.

Aussi pour les indispositions ou compositions héréditaires des pçres et meres , les enfans sont faits mons¬ trueux et difformes : car il est assez manifeste qu'vn bossu fuit naistre son enfant bossu , voire teilerneut bossu , que les deux bosses deuant et der¬ rière à quelques-vns sont si fort esle- uées que la teste est à moitié cachée entre les espaules, ainsi que la teste d’vne tortue dans sa coquille. Vne femme boiteuse d’vù costé fait ses enfants boiteux semblables à elle : autres estans boiteuses des deux hanches, font enfans qui le sont sem¬ blablement , et qui cheminent cane- tant : les camus font leurs enfans camus : autres balbutient : autres parlent en bredouillant, semblable¬ ment leurs enfans bredouillent Et les peres et meros sont petits , les enfans en naissent le plus saunent nains , sans nulle autre deformité , à sçauoir quand le corps du pere et de 1^ mer© n’ont aucun vice en leur conformation. Autres font leurs en-

1 Balbutier, c’est-à-dire begayer, ne pou- uant bien proférer (a parole. Bredouiller, c’est dire deux ou trois fois vne parole sans estre bien proférée^ Ai

le dix-nevfiéme livre

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fants bien maigres, à cause que le pere et la mere le sont : autres sont ventrus et fort fessus, quasi plus gros que longs , parce qu’ils ont esté en¬ gendrés du pere ou de la mere, ou de tous les deux , qui seront gros et grands, ventrus et fessus. Les gout¬ teux engendrent leurs enfans gout¬ teux , et les lapidaires , suiets à la pierre : aussi si le pere et la mere sont fols , le plus souuent les enfans ne sont gueres sages : pareillement les epileptiques engendrent des en¬ fans qui sont suiets à Tepilepsie K Or, toutes ces maniérés de gens se trouuent ordinairement, qui est chose qu’vn chacun peut voir, et connoistre à l’œil la vérité de mon dire; partant ie n’ay que faire d’en parler d’auan- tage. Aussi ie ne veux escrire que les ladres engendrent des enfans ladres , car tout le monde le sçait. Il y a vne infinité d’autres dispositions des pe- res et meres, ausquelles les enfans sont suiets , voire des mœurs, de la parole de leurs mines et trongnes , contenances et gestes, iusques au mar¬ cher et cracher. Toutesfois de ce ne faut faire reigle certaine ; car nous voyons les peres et meres auoir tou¬ tes ces indispositions , et neanmoins les enfans n’en retiennent rien ; parce que la vertu formatrice a corrigé ce vice.

‘Cette dernière phrase, relative à l’épi¬ lepsie, manque dans toutes les éditions du vivant de l’auteur, et n’a été ajoutée qu’à la première édition posthume.

2 L’édition de 1573 et toutes tes autres jusqu’en 1585 finissaient le chapitre plus brusquement. Après ces mots : des mœurs, de la parole , e'ies ajoutaient simplement; ius- qiies au marcher el cracher, non pas tousiours, mais le plus souuent. La nouvelle rédaction

est de 1585,

CHAPITRE XIV.

exemple de choses monstrvevses

QVI SONT ADVENVES EN MALADIES AGCIDENTALES

Deuant Sainct lean d’Angolic , vn soldat nommé Francisque, de la com¬ pagnie du capitaine Muret, fut blessé d’vn coup d’harquebuse au ventre , entre l’ombilic et les Isles : la balle ne luy fut tirée , parce que l’on ne la pouuoit trouuer, au moyen de quoy il eut de grandes et extremes dou¬ leurs ; neuf iours apres sa blessure, ietta la balle par le siégé, et trois se¬ maines apres fut guari ; il fut traité par maistre Simon Crinay, chirurgien des bandes Françoises.

lacques Pape , seigneur de Sainct Aubam aux Baronniers en Dauphiné, fut blessé à l’escarmouche de Chase- nay de trois coups d’harquebuse pe- netrans en son corps , dont il y en auoit vn au dessous du nœud de la gorge, tout proche la canne du poul- mon , passant près la nucque du col , et la balle y est encore à présent : au moyen dequoy lui suruindrent plu¬ sieurs grands et cruels accidens, com¬ me fléure , grande tumeur à l’entour du col , de sorte qu’il fut dix iours sans pouuoir rien aualer , fors quelques boüillons liquides; et neantmoins tou¬ tes ces choses a recouuert santé, et est à présent encore viuant : et fut pensé par maistre lacques Dalam, chirur¬ gien fort expert , demeurant en la ville de Monlelimar en Dauphiné.

I.’édition latine a beaucoup changé en cet endroit l’ordre du livre, et renvoyé ce chapitre et les trois suivants après l’histoire des démons et des magiciens , et immédia¬ tement avant celle des monstres marins.

DES MONSTRES

Alexandre Benedict escrit d’vn | villageois qui fut blessé d’vn coup de traict au dos , et lut tiré : mais le fer demeura dedans le corps , lequel es- toit long de deux doigts en trauers, et 1 estoit barbelé aux costés. Le chirur¬ gien l’ayant long temps cherché sans le pouuoir trouuer, ferma la pi ye, et deux mois apres ce fer sortit sem¬ blablement par le siégé.

D’auantage , audit chapitre , dit qu’à Venise vne fille aualla vne ai¬ guille, laquelle deux ans apres la ietta en vrinant , couuerte d’une matière pierreuse, amassée à l’entour de quel¬ ques humeurs gluans.

Ainsi que Catherine Parlan, femme de Guillaume Guerrier , marchand drapier, honneste homme, demeu¬ rant rue de la luifuerie à Paris, allait aux champs en trousse sus vn cheual, vne aiguille de son tabouret entra dedans sa fesse dextre, de sorte que l’on ne la peust tirer hors. Ladite Parlan fut deux mois qu’elle ne pou- uoit se tenir assise, à cause qu’elle sentoit l’aiguille la piquer 2. Quatre mois après m’enuoya quérir, se plai¬ gnant que lorsque son mary l’em- brassoit , sentoit en l’aine dextre vne grande douleur piquante , à raison qu’il pressoit dessus. Ayant mis la main sus la douleur, trouuay vne aspérité et dureté , et fis en sorte que luy liray ladite aiguille toute enroüil-

1 Liu. 3 (le son Histoire anatom.,ch. 5.

A. P.

2 Cette phrase tout entière manque au texte dans toutes les éditions, et l’on n’en trouve même aucune trace dans les notes marginales à partir de l’édition de 1575. Il n’y a donc que la seule édition de 1573 qui contienne cette phrase en marge, et comme elle fait partie intégrante de l’observation , je n’ai pas hésité à la joindre au texte, sauf à en avertir le lecteur.

ET PRODIGES. 29

lée. Cecy doit bien estre mis au rang des choses monstrueuses, veu que l’acier qui est pesant monta contre- mont , et passa au trauers des mus¬ cles de la cuisse, sans faire aposteme.

CHAPITRE XV.

DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV CORPS HVMAIN.

L’an mil cinq cens soixante et six, les enfans de maistre Laurens Collo \ hommes bien expérimentés en l’ex¬ traction des pierres , en tirèrent vne de grosseur d’vne noix , au milieu de laquelle fut trouuée une aiguille de- quoy coustumierement les coustu- riers cousent. Le malade se nommait Pierre Cocquin , demeurant en la rue Gallande, près la place Maubert à Pa¬ ris, et est encore à présent viuant. La pierre fut présentée au Roy en ma presence, avec ladite aiguille que les-

1 Je respecte ici l’orthographe que Paré a donnée à ce nom de Collo , et qui est restée la même en cet endroit dans toutes les édi¬ tions. Dans celle de 1564, à l’occasion de la taille des femmes , Paré avait écrit Colloi-, mais il a ensuite corrigé Collo dans toutes les éditions postérieures, et l’édition latine a également admis cette dernière orthogra¬ phe. Toutefois ni l’une ni l’autre n’a préva¬ lu , et dans l’ouvrage posthume de François Colot, publié par Sénac en 1725 , on trouve le nom écrit avec un t et une seule l. Peut- être cependant, si l’on considère l’amitié qui unissait Paré à Laurent Collo et à ses fils, la première manière dont il avait écrit ce nom , corrigée uniformément dans toutes les éditions suivantes, et enfin le consente¬ ment du traducteur latin j peut-être, dis-je, y aurait-il quelque présomption que l’or¬ thographe de Paré était la véritable, et c’est pourquoi je l’ai conservée , au moins en cet I endroit.

3o

Ï,B DIX-NBVFi:éMH LIVRE,

dlis Collos m’ont donnée pour mettre en mon cabinet , laquelle le garde et ay encores de présent ën ma posses¬ sion, pour mémoire de chose si mons¬ trueuse.

L’an mil cinq cens septante, ma¬ dame la duchesse de Ferrare enuoya quérir en ceste ville lean Collo , pour extraire vne pierre de la véssie d’vn pauure pâtissier, demeurant à Mon- targis <, laquelle poise neuf onces, de grosseur d’vn poing , et de figure comme tu vois icy le portrait : et fut tirée en la présence de monsieur inaîstre François Rousset , et malstre loseph lauelle , hommes sçauans et bien expérimentés en la médecine, médecins ordinaires de ladite dame. Et fut si heureusement tirée , que 1er. dit pâtissier guérit ; toutesfois peu de temps apres luy vint vne suppres¬ sion d’vrine , au moyen de deux pe-, tites pierres qui descendirent des reins, qui bouchefent les pores vre- teres , et furent cause de sa mort,

Pigim d’vnç fiem. extraite, à vn, palmier- de Mdntargis.

1 Ladite dame couslumiere d’aider aux pan¬ ures, fil loua les frais pour la cure dudil palis- sier. A. P.

L’an mit cinq cens soixante et six , le frore dudit lean Collo , nommé Laurens *, fit pareillement en ceste ville de Paris extraction de trois pier¬ res estanS en la vessie , de grosseur chacune d’vn bien gros œuf depoulle, de couleur blanche , pesans les trois douze onces et plus , à vn surnommé Tire- vit , demeurant à Marly * : le¬ quel pour-ce qu’il auolt dés l’aage de dix ans quelque commencement desdites pierres en la vessie , tlroit ordinairement sa verge , dont fut nommé Tire-vit : car la vertu expul- trice de la vessie , voire de tout le corps , s’efforçoit à letter hors ce qui luy nuisoit, et pour-ce luy causoit vn certain esguillonnement à l’extre- milé d’icelle verge { comme se fait ordinairement à ceux qui ont quel¬ que sable , ou pierre aux parties dé¬ diées à l’vrine , ce quei’ay escrit plus amplement en mon liure des pierres *.) Icelles furent présentées au roy , es- tantpour lors à Sainct Maur des fos¬ sés ; on en cassa vne auec vu mar¬ teau de tapissier, au milieu de la¬ quelle fut trouuée vne autre , res¬ semblante à vn noyau de pesche , et de couleur tannée. Lesdits Collos m’ont donné les susdites pierres pour

1 Lesdils Collos, chirurgiens ordinaires du Roy , sonl très expers à l’exiraciion des pier¬ res, et en plusieurs autres operations de la chi¬ rurgie. A. P. 1673.

vunsoiiaee f

n retourna en sa maison, à. présent est encore viuant. A. P.

produlUi d’apré, l-édillon de 15,3, deux éié „„

dans l éditian suivante.

^Ceux qui ont vne pierre fi la vessie On tousiours vn prurit n ®

de ,a Le , ! V'*"""'

Hiipil il «an des Pierres au-

q»e 11 ,6»,ok Mt celui de W4. ,„i parue aujeurtfliui do livrer OpLi«,

jbES MONSTRES BT PRODIGES. 3l

mettre à mon cabinet, comme choses 1 au plus prés du vif, ainsi que tu néux monstrueuses, et les ay fait portraire I voir par ces figures

Figures de trois pierres extraites à vne fois sans interuaUe de temps, de la tessie d’un appelé Tire-vit, l’vné desquelles est brisééé

D'auantage ie puis icy attester que i’en ay trouué dedans les reins des

1 On trouve dans l’/n/roducdon d’À. Paré, chapitre 2 (tome pf de cette édition , page 28) , l’histoire de ce Tire-Vii racoptée d’une manière toute différente , de telle sorte qu’il faut nécessairement admettre , ou bien que Collo opéra deux individus du nom de Tire-vit, ce qui est peu probable, et ce qui aurait au moins être noté -, ou bien que Paré a pris un malade pour l’autre , et mis sous le nom de Tire-vit une observation qui ne le concernait pas ; ou enfin que les deux observations n’en constituent qu’une seule, qui aurait été incomplètement racontée dans l’un et l’autre endroit. Ce qu’il y a de plus certain , c’est que Paré , ici comme en beau¬ coup d’autres occasions , s’en fiait à sa mé¬ moire pour se rappeler des faits écoulés de¬ puis long-temps : et que cette malheureuse habitude est ce qui a le plus encombré la chirurgie d’observations douteuses, vagues, sans certitude et presque sans valeur.

corps ttiorts , de plusieurs figures , comme de cochons , Chiens , et au*- très diuerses figures , ce qui nous a esté laissé par éscrit des anciens

Monsieur Dalechamps recite en sa chirurgie, qu’il aveu vn homme auoir vne aposteme sus les lombes, dont apres la suppuration icelle dégénéra en fistule , par laquelle ietta en di¬ uerses fois plusieurs pierres venans du rein : et enduroit le Irauail du ché- ual et des chariots.

Hippocrates escrit * la châm-

2 Cette attestation si légèrement donnée d’un homme tel que Paré est bien propre à nous faire connaître que les meilleurs es¬ prits fléchissent quelquefois sous les préju¬ gés de leur siècle , en même temps qu’elle explique l’origine de tant de monstres admis par la crédulité de ce temps.

3 Liure 6 des jFpidemies. A. P.

3î2 le DIX-HEVFIÉME LIVÎIE

briere de Dysere , aagée de soixante ans , qui auoit des douleurs comme elle si eust deu accoucher : dont vne femme luy tira de la matrice vne pierre aspre et dure, de la grandeur, grosseur , et figure d’vn peson de fu¬ seau.

lacques Hollier, Docteur regent en la faculté de Medecine à Paris, escrit ' qu’ vne femme, après auoir esté tour¬ mentée d’vne difficulté d’vrine par l’espace de quatre mois , en fin mou¬ rut ; laquelle ayant esté ouuerte, fu¬ rent trouuées en la substance du cœur deux assez grosses pierres, auec plusieurs petites apostemes : estans les reins et les pores vreteres et la vessie sains et entiers.

L’an mil cinq cens cinquante-huit, fus appelé de lean Bouclier , maistre tailleurd’habits,demeurantruesainct Honoré , pour luy ouurir vne apos- teme aqueuse qu’il auoit au genoüil : en laquelle trouuay vne pierre de la grosseur d’vne amende, fort blanche, dure , et polie , et guérit , et encores est à présent viuant \

Une dame de nostre cour fut lon¬ guement et extrêmement malade , sentant douleur au ventre, auec gran¬ des espreintes : estant pensée par plusieurs médecins , lesquels igno- roient lèJieu de la douleur. On m’en- uoya quérir, pour sçauoir si ie pour- rois connoistre la cause de son mal. Par l’ordonnance des médecins , luy regarday au siégé et à la matrice, auec instrumens propres à ce faire, et pour tout cela ne pus connoistre son mal. Monsieur Le Grand luy ordonna vn clystere, et en le rendant ietta vne

1 Liu. 1, ch. de la Palpitation du Cœur. A. P.

2 C’est le premier cas connu d’un corps étranger développé dans le genou, et extrait heureusemeot par l’incision.

pierre par le siégé , de la grosseur d’vne grosse noix : et tout subit ses douleurs et autres accidens cessèrent, et depuis s’e t bien portée '.

Semblable chose est arriuée à la dame de SainctEustachc, demeurant au carrefour de la rue de la Harpe

Le capitaine Augustin, Ingénieux du Roy, m’enuoya quérir auec mon¬ sieur Violaine , docteur regent en la faculté de Medecine, et Claude Viard, Chirurgien luréà Paris, pour luy ex¬ traire vne pierre qu’il auoit sous la langue , de longueur de demy doigt , et grosse d’vn tuyau de plume. Il en a encore vne , qu’on ne peut bien en¬ core destacher ®.

1 Dans l’édition de 1573 et encore en 1575, cette histoire était rapportée après celle de Dalechamps , et la rédaction en était un peu différente :

« Monsieur le Grand , Docteur regent en la faculté de Medecine, et médecin ordinaire du Roy , homme sçauant et grandement ex¬ périmenté, lequel fait autant bien la mede¬ cine qu’homme que i’aye iamais cogneu , fus appelé auec luy pour appliquer \n spé¬ culum ani à vne dame d’honneur qui estoit tourmentée d’extremes douleurs au ventre et au siégé, toutefois sans nulle apparence à la veuë d’aucun mal : il luy ordonna cer¬ taines potions et clisteres, auec l’vn desquels ietta vne pierre de grosseur d’vn esteuf, et subit ses douleurs furent cessées, et guérit.» ^ En 1579, Paré modifia la rédaction de l’observation , qui était peu correcte , mais en conservant à Legrand à peu près les mê¬ mes éloges, que l’on retrouve encore dans la traduction latine. C’est en 1585 qu’il chan¬ gea définitivement et le texte et le plan de l’histoire , comme on la lit aujourd’hui.

2 Cette observation a été ajoutée en 1585.

8 Cette observation , de même que la pré¬ cédente , a été ajoutée en 1585. On trouvera une autre observation de calcul sous la langue dans la grande ^po/oy/e, au titre : r oyat^e de Bayonne, 1564.

DES MONSTRES ET ERODIGES.

Or pour le dire en vn mot, les pier- es se peuuent engendrer en toutes les parties de nostre corps , tant inté¬ rieures qu’exterieures. Qu’il soit vray , on en voit estre engendrées aux iointures des goutteux ». Anto- nius Beniuenius , médecin florentin , au liure 1, chapitre 24, dit qu’vn nommé Henry Alleman ietla vne pierre de grosseur d’vue auelaine en toussant.

CHAPITRE XVI.

DE CERTAINS ANIMAVX MONSTRVEVX

QVI NAISSENT CONTRE NATVRË AVX

CORPS DES HOMMES , FEMMES, ET PE¬ TITS ENFANS 2.

Tout ainsi qu’au grand monde il y a deux g randes lumières, à seau oir le soleil et la lune , aussi au corps hu-

1 C’est par cette phrase que se terminait le chapitre dans les trois éditions de 1573 , 1675 et 1579j la citation de Benivenius a été ajoutée en 1585.

^Ce chapitre n’existe pas en cet endroit dans la plupart des éditions complètes ; il est donc nécessaire de dire pourquoi nous l’avons rétabli.

L’édition de 1573 avait un 16= chapitre intitulé des Verms, reproduit par celle de 1675 sous ce titre plus correct, des Fers. Il était assez court, et composé de quatre histoires que l’on retrouve dans le courant du chapitre actuel. En 1579, le texte en fut considérablement amplifié; l’auteur y ajouta quelques histoires qu’il détacha du chap. 19 ( voir les notes suivantes ), et il le transporta dans son livre De lapeiUe Ferolle, entre le chapitre 3 qui termine l’histoire de la variole, et le chapitre 4 qui commence l’histoire des vers intestinaux. Sans doute qu’il avait des¬ sein de réunir ainsi tout ce qui concerne les vers engendrés dans le corps humain; et cependant le. titre mememontre bien qu’il ne III.

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main il y a deux yeux qui l’illumi¬ nent : lequel est appelé Microcosme, ou petit portrait du grand monde accourci. Qui est composé de quatre elemens , comme le grand monde , auquel se font des vents , tonnerres , tremblemens de terre , pluye , rosée , vapeurs, exhalations, gresles , éclip¬ sés , inondations d’eaux, stérilité , fertilité , pierres , montagnes , fruits , et plusieurs et diuerses especes d’a¬ nimaux : aussi se fait-il le sembla¬ ble au petit monde , qui est le corps humain. Exemple des vents ; ils se voyent estre enclos és aposlemes venteuses, et aux boyaux de ceux qui ont la colique venteuse , et pareille¬ ment en aucunes femmes, ausquelles on oit le ventre bruire de telle sorte qu’il semble y auoir vne grenouillère : lesquels sortans par le siégé rendent bruits comme coups de canonnades. Et encore que la piece soit braquée vers la terre , neantmoins tousiours

s’agissaitpas des vers proprement dits, et que le chapitre était déplacé dans le lieu nouveau qu’on lui avait assigné, en même temps qu’il laissai t une lacune dans le livre des Monstres. Du reste , ce changement de place avait été opéré si négligemment, que dans toutes les éditions du vivant de l’auteur la table du livre des Monstres accusait toujours un cha¬ pitre 16, des Fers, qui n’existait plus à par¬ tir de 1579, tandis que la table du livre de la petite Ferolle n’indiquait en rien l’ad¬ jonction du chapitre nouveau; et celui-ci , ne comptant pas même dans le livre comme un chapitre spécial, semblait une suite du chapitre troisième intitulé ; Quelles parties jaiit présenter de la verolle. En pesant toutes ces considérations , je me suis détermine à restituer à ce chapitre la place qu’il avait eue d’abord, et qui est de beaucoup la plus naturelle et la plus logique.

Le texte général du chapitre est donc de 1579, sauf les parties qui seront signalées dans les notes comme d’une date différente.

* 3

LE DIX-NEVFIÉME LHEE

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la fumée du canon donne contre le i nez du canonnier, et do ceux qui sont proches de luy.

Exemple des pluyes et inondations d’eaux : cela se voit aux apostemes aqueuses et au ventre des hydropi¬ ques. Exemple du tremblement de terre ; telle chose se voit au commen¬ cement des accès des fléures , les pauures febricitans ont vn tremble¬ ment vniuersel du corps. Exemple de l’eclipse : cela se voit aux synco¬ pes ou défaillances du cœur, et aux suffocations de la matrice. Exemple des pierres : on les voit à ceux aus- quels on en extrait de la vessie , et autres parties du corps.

Exemple des fruits : combien en voit-on qui au visage ou autres par¬ ties extérieures du corps ont la figure d’vne cerise , d’vne prune, d’vne cor¬ me, d’vne figue, d’vne meure? la cause de quoy a esté tousiours réfé¬ rée à la forte imagination de la femme conceuante ou enceinte , es- meuë de l’appetit vehement , ou de l’aspect , ou d’vn attouchement (Uice- luy à l’improuiste ; comme mesme de ] ce qu’on en voit naistre d’aucuns ayans en quelque endroit du corps la figure et substance d’vne coinne de lard , d’autres d’vne souris , d’autres d’vne escreuisse, d’autres d’vne solle, et d’autres semblables, Ce qui n’est point hors de raison, entendu la force de l’imagination se ioignant auec la vertu conformatrice , la mollesse de l’embrion prompte, et comme vne cire molle , à receuoir toute forme : et que quand on voudra esplucher tous ceux qui sont ainsi marqués, il se trouuera que leurs meres auront esté esnieuës durant leur grossesse de quelque tel appétit ou accident. nous remarquerons en passant , com¬ bien est dangereux d’offenser vne femme grosse , de lui monstrer et ra-

menteuoir quelque viande, de la¬ quelle elle ne puisse auoir lu ioüis- sanee promptement, voire et de leur faire voir des animaux ou portraits d’iceux difformes et monstrueux. En quoy i’attensque quclqu’vn m’obiecte que ie no deuois donc rien inférer de semblable on mon liure de la géné¬ ration. Mais ie luy respons en vn mot, que ie n’escris point pour les femmes. Retournons à nostre propos.

Exemple des montagnes; on les voit aux bossus, et à ceux qui ont des loupes grosses et énormes. Exem¬ ple de stérilité et seieberesse : on le voit aux hectiques , qui ont la chair de leur corps presque toute consom¬ mée. Exemple de fertilité ; on la con- noistàceuxqui sont fort gras, fessus, et ventrus, tant qu’ils creuent en leur peau, force leur est de demeurer tousiours couchés ou assis , pour ne pouuoir porter la grosse masse de leur corps. Exemple des animaux qui se procréent en nos corps, à sçauoir, pouls , punaises , et morpions, et au¬ tres que descrirons à présent *.

Monsieur Houlier escrit en sa pra¬ tique qu’il traitoit vn Italien tour¬ menté d’vne extreme douleur de teste, dont il mourut. Et l’ayant fait ouurir, luy fut trouué en la substance du cerueau vn animal semblable à vn scorpion 2, lequel, comme pense ledit Houlier, s’estoit engendré pour

1 Ces deux dernières lignes sont de 1585.

2 L’auteur ajoutait : Comme tu vois pciv ceste figure, et on voyait ici une figure de scorpion, que j’ai retranchée.

Du reste, cette histoire se lisait déjà au chapitre IG du livre des Monstres de l’édi¬ tion de 1573, mais avec une rédaction un peu différente.

lacques Ilollier escript en sa Practique des Maladies internes iju'i/ s'engendra au cerueau d m Italien vn scorpion pour auoir continuelle¬ ment senti du basilic, lequel scorpion lui causa

DES MONSTRES ET PRODIGES.

auoir continuellement senti du ba- j silic. Ce qui est fort vray-semblable, veu que Chrysippus , Diopbanes , et Pline ont escrit, que si le basilic est broyé entre deux pierres et exposé au soleil, d’iceluy naislra un scor¬ pion.

Monsieur Fernel escrit d’vn soldat, lequel estoit fort camus , tellement qu’il ne se pouuoit moucher aucune¬ ment : si bien que de rexcrement re¬ tenu et pourri , s’engendrerent deux vers velus et cornus de la grosseur d’vn demy doigt, lesquels le rendi¬ rent furieux par l’espace de vingt iours , et furent cause de sa mort *.

Depnis n’agueres yn ieupe bqinnie auoit vn aposteme au milieu de la cuisse partie externe , de laquelle soriit cest animal, lequel me fut ap¬ porté par lacques Guillemeau , Chi¬ rurgien ordinaire du Roy , qui disoit l’auoir tiré : et l’ay mis dans vne phiole de verre, et a demeuré vif plus d’vn mofe sans aucun aliment. La fi¬ gure t’est icy représentée

Monsieur Duret m’a affirmé auoir ietté par la verge, apres vne longue

si grande douleur de teste qu’il en mourut. Ce qui est fort vraisemblable, etc.

La figure du scorpion n’avait été ajoutée par Paré qu’en 1679.

Paré ajoutait: Tu envois la figure, 0.1 pré¬ sentait en effet au lecteur la figure d’un yer velu et cornu. Je l’ai retranchée sans hé¬ siter. Du reste , celte histoire se lisait déjà au chapitre 16 du livre des Monstres de l’é ¬ dition de 1573; seulement la figure n’y a été accolée qu’en 15^9.

2 J’ai gardé cette ligure parce que Paré dit l’avoir vue, bien qu’il fasse toutes ré-

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maladie , vne beste viuante sembla¬ ble à un clouporte , que les Italiens appellent Porceleti, qui estoit de cou¬ leur rouge L

Monsieur le comte Charles de Mans- feld , n’agueres estant malade d’vne grande fleure continue à l’hostel de Guise , a ietté par la verge vne cer¬ taine matière semblable à vn animal: dontla figure t’est icy représentée

II se fait pareillement en la ma¬ trice des femmes beaucoup de for-

serves sur sa véritable origine ; et il faut as¬ surément que Guillemeau ou Paré s’en soient laissé imposer, et que le dessinateur ait beau¬ coup ajouté à la forme réelle de l’objet.

On peut remarquer que Guillemeau est appelé ici Chirurgien ordinaire du Roy; mais cette histoire ne date que de l’édition de 15S5. Voyez , t. n , la note de la page 799.

I II y avait encore ici : comme tu vois par ce portrait; et de plus une figure fort mal faite de cloporte. Je l’ai supprimée. 11 n’est pas besoin de dire que monsieur Duret avait raconté une histoire absurde ; mais on voit par cette réunion des grands noms de la médecine du xvi® siècle, Houlier, Fernel , Duret , tous si crédules en fait de prodiges , qu’il était bien difficile à un chirurgien de ne pas se laisser entraîner par le torrent; et cependant il faut rendre cette justice à Paré, qu’aucune des observations il a figuré comme témoin ne porte l’empreinte d\ine si facile crédulité.

2 Cette observation peut servir de preuve à ce que j’ai dit dans la note précédente. SI pareille chose se fût présentée aux méde¬ cins éminents cités plus haut, nul doute qu’ils n’en eussent fait un animal ; Paré dit seulement : vne certaine matière semblable àvn animal; et rien n’empêche, en effet, qu’un caillot sanguin puisse offrir une forme plus ou moins approchant de celle-ci, qui a sans doute été exagérée par le dessinateur.

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LE DIX-NEVFIÉME LIVRE,

mes d’animaux ( qui souuent se treu- uentauec les moles et enfans bien for¬ més) comme grenoüilles, crapaux , serpens,lezars, harpies ^ Nicole Flo¬ rentin les compare à chats-huans , et dit deuoir eslre appelées bestes sau¬ nages. Les harpies ont esté appelées des anciens , freres Lombars , par-ce que telles choses aduenoient aux femmes de Lombardie, et qu’elles naissoient en vne mesme matrice comme les enfans bien formés , qui a donné occasion de les nommer freres vterins , par une mesdisance d’vne personne que l’on hait 2. Or les fem¬ mes du royaume de Naples y sont fort suiettes , à cause de la mauuaise nourriture qu’elles prennent , les¬ quelles de tous temps ont mieux aimé auoir le ventre de bureau que de ve-

1 La question traitée dans ce paragraphe l’avait déjà été dans le livre des 3'Ionstres , édition de 1573 et 1575, chapitre 19. Ce texte primitif mérite d’être reproduit.

« 11 s’est veu des femmes auoir ietté par leurs matrices des serpens et autres bestes, ce qui peut aduenir par la corruption de certains excrements estans reteous en leur matrice, comme l’on voit se faire és intes¬ tins, et autres parties de notre corps, de gros et longs vers, voire pelus et cornus (comme nous demonstrerons cy après) : Quelques vns ont voulu fredonner que telle chose peut venir quand vne femme se baigne, si par cas fortuit quelque beste venimeuse comme serpens et autres ont frayé , et rendu se¬ mence en leau, à l’endroict de laquelle il soit aduenu quon aye espuisé auec leau vne telle ordure, et que puis apres la femme se soit baignée en icelle, veu principalement qu’à cause de la sueur et chaleur, tous ses pores sont dauantage ouuerts : mais telle raison ne peut auoir lieu, attendu que la vertu génératrice de ceste semence est suf¬ foquée et esteinte par la grande quantité deau chaude, ioinct pareillement que la bouche de la matrice ne s’ouiire point, si ce n’est à l’heure du coït , ou que les mois coulent. »

î Gourdon , liv. 7, chap 18. A. P.

lours c’est à dire manger fruits , herbages . et autres choses de mau- uais suc qui engendrent tels animaux par putréfaction, que manger viande de bonne nourriture, pour e.spargner, estre braues et bien accoustrées.

Monsieur loubert ^ escrit de deux Italiennes : l’vne femme d’vn frippier, et l’autre damoiselle,dans vn mesme mois accoucheront chacune d’vn part monstrueux : celuy de la frippiere estoit petit , ressemblant à vn rat sans queuë , l’autre de la demoiselle estoit gros comme un chat : ils estoient de couleur noire : et au partir de leurs matrices, tels monstres grimperont en haut contre la paroy de la ruelle du lict, et s’y attachèrent fermement.

Lycosthenes escrit, que l’an 1494, vne femme de Cracouie, en vne place nommée Sainct Esprit, enfanta vn en¬ fant mort, qui auoit un serpent vif attaché à son dos, qui rongeoit ceste petite créature morte \

Leuinus en raconte vne merveil¬ leuse histoire en ceste façon *, Ces années passées vne femme vint vers raoy pour me demander conseil ; la¬ quelle ayant conceu d’vn marinier, le ventre lui commença à enfler de telle^ sorte, qu’on pensoit qu elle ne

1 f^entre de bureau que de velours, façon de parler proverbiale pour dire qu'elles soi¬ gnaient mal leur ventre. Bureau était te nom d’une étoffe grossière dont nous avons fait bure ; on trouve encore ce mot dans Boi¬ leau Despréaux :

2 Au liure des Erreurs populaires. A. P.

3 Paré ajoutait : comme lu vois pur ceste

figure, et donnait en effet une misérable figure copiée de Lycosthenes, ouv. cité, page 503. Au reste, cette histoire et cette figure f Monstres

» 1573 et 1575, chapitre 19, mais après 1 histoire qui va suivre.

^ Liu. 1 de occult, naïur,, chap. 8.— A. P.

UES MONSTRES

(Icust iamais porter à terme. Le neii- fléme mois passé, elle enuoye qué¬ rir la sage-femme : et auec grands efforts, premièrement accoucha d’une masse de chair sans forme , ayant à chacun costé deux anses longues d’vn bras, qui remuoit et auoit vie comme les esponges. Apres luy sortit de la matrice vn monstre ayant le nez crochu, le col long, les yeux estin- celans, une queue aiguë, les pieds fort agiles. Si tost que ledit monstre fut sorti , il commença de bruire , et remplir toute la chambre de siffle- mens , courant çà-et-là pour se ca¬ cher : sur lequel les femmes se iet- terent, et le suffoquèrent auec des oreillers. A la fin la pauure femme toute lasse et rompue, accoucha d’un enfant masle, tant bourrelé et tour¬ menté par ce monstre , qu’il mourut si tost qu’il eusl recëu bapfesme. La¬ dite patiente, apres auoir esté longue espace de temps à se r’auoir, luy ra¬ conta le tout fldelement

Cornélius Gemma, médecin de Lou- uain, en vn liure qu’il a fait depuis peu de temps, intitulé De nalurœ diuinis characterismis , raconte vne histoire admirable d’vne ieune fille de ladite ville , aagée de quinze ans , du corps de laquelle, apres douleurs infinies, sortirent plusieurs choses estranges par haut et par bas. Entre lesquelles elle rendit par le siégé auec les excre- mens, vn animal vif, long d’un pied et demy , plus gros que le pouce , repré¬ sentant si bien vne vrayeet naturelle anguille, qu’il n’y auoit rien a redire,

Cette histoire se lisait déjà dans le livre des Monstres de 1673 et 1575, après le long passage reproduit dans la note de la page précédente , et avant l’histoire de Lycosthè- nes. C’est d’après le texte de ces deux édi¬ tions primitives que j’ai restitué la dernière phrase, qui manque dans toutes les autres,

ET PRODIGES. 3^

fors qu’il auoit la queuë fort peluc *.

Maistre Pierre Barque , chirurgien des bandes Françoises , et Çlaude le Grand chirurgien , demeurans à Ver¬ dun , n’agueres m’ont affirmé auoir pensé la femme d’un nommé Gras bonnet , demeurant audit Verdun , laquelle auoit vne aposteme au ven¬ tre : de laquelle ouuerte sortit auec le pus grand nombre de vers , gros comme les doigts , ayans la teste ai¬ guë, lesquels lui auoient rongé les intestins, en sorte qu’elle fut long temps qu’elle iettoit ses excremens fé¬ caux par l’vlcere, et à présent est du tout guerie 2.

Antonius Beniuenius , médecin de Florence, escrit qu’vn quidam nommé Ieaii,menusier, aagé de quarante ans, auoit presque vne assiduelle douleur de cœur, pour laquelle auoit esté en danger de mort. Et pour y obuier, eut l’opinion de plusieurs médecins de son temps , sans toutesfois en auoir receu aucun allégement. Quel¬ que temps apres s’adressa vers luy ; ayant considéré sa douleur, luy donna vn vomitoire , par lequel ietta grande quantité de matière pourrie et corrompue , sans toutesfois appai- ser sa douleur. Derechef luy ordonna vn autre vomitoire , au moyen du¬ quel il vomit grande quantité de ma¬ tière , ensemble un ver de grandeur de quatre doigts , la teste rouge , ronde , et de grosseur d’vn gros pois, ayant le corps plein de poil follet, la queuë fourchue en forme de crois-

1 Paré ajoutait : Comme tu peux voir par le portrait cy- dessous, semblable à celuy que Gemma a mis en son liure. J’ai retranché cette absurde ligure , que Paré eût bien fait de laisser à Gemma

2 C’est par celte histoire, reproduite ici textuellement , que commençait le chapitre 16 du livre des Monstres en 1673.

LE DlX-NEVFi:éME LIVRE,

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sant, ensemble quatre pieds, deux au douant, et deux au derrière le dis encore qu’aux apostemes il se trouue des corps fort estranges, comme pierre, croyc, sablon, char¬ bon, coquilles de limaçon, espics, foin , cornes , poil , et autres choses , ensemble plusieurs et diuers ani¬ maux , tant morts que viuans 2. Des¬ quelles choses la génération (faite par corruption et diuerse alteration) ne nous doit estonner beaucoup , si nous considérons que, comme Nature fécondé a mis proportionnément en l’excellent Microcosme toute sorte de matière , pour le faire ressembler et estre comme image viue de ce grand monde ; aussi elle s’esbat à y repré¬ senter toutes ses actions et mouue- mens, n’estant iamais oisiue quand la matière ne luy defaut point ^

; 1 Ici encore revenait la phrase habituelle,

comme tu vois par cesle figure, suivie en effet de la figure annoncée, que j’ai supprimée comme les autres. Cette suppression m’a d’autant moins coûté que Benivieni n’avait pas donüé de figure, et que c’est Paré qui l’avait fait faire d’après la description. Du reste , Cette histoire avait été ajoutée en chapitre en 1575, et la figure seulement en 1579,

2 11 a déjà dit quelque chose de semblable . au livre des Tumeurs en general, ch. 4. Voyez t. I, p. 324.

3 Dans l’édition de 1573, le chapitre se terminait ainsi ;

l’ûy escripi eh mon Traiété de la Peste auoir teu vne femme qui auoil ietlé vnver par le siège de longueur plus d’vnè toise, de figure d’vn serpent ; qui voudra sçauôir la génération, les especes et différences , leurs diuersités de couleurs , figures d’iceux , les Irouuera audict chapitre.

Cette citation se rapporte au Traité de la Peste de 1568, qui a été depuis divisé en deux livres, celui de la Peste, et celui de la petite Fcrolle et Lepre ; c’est dans ce, der¬ nier, chapitre 4, que l’on trouvera l’histoire et les détails annoncés par l’auteur.

CHAPIïRË XVÏI.

DE CERTAINES CHOSES ESTRANGES QVE NATVRE RËPOVSSE PAR SON INCOM¬ PREHENSIBLE PROVIDENCE '.

An'toniiis Beniueniiis, mcdccln de Florence , escrit qu’vne certaine fe¬ melle aualla vne aiguille d’airain,

1 Ce chapitre, qui est bien le 17' de l’é¬ dition primitive et de colle de 1575 , est le 16' de toutes les autres éditions complètes. Voyez la note 2 pàg^e â3.

Éâis dans le principe il ne commençait pas comme aujoui-d’iml. L’auteur débutait sans p'réambülè par raconter l’Lisloire monsieur Sarret, qu’on Ht aujourd’hui au chapitre 52 du livre des Operations de Chi¬ rurgie (voyez tome U, page 500, le texte et la note', et il ajoutait: Ce que i’aij veu sem¬ blablement aduenir à monsieur le comte de Mansfelt , de sa blessure de pistole qu'il eut au bras senestre le iour de la bataille de Montcontour. On trouvera l’histoire du comte de Mansfelt rapportée fort au long au cha¬ pitré 14 du livre des pldyes d'harquebuses (tome n , pagé IGS) ; seulement il est bien remarquable qu’eh 1573 Paré dise que la blessure était au bras senestre , et en 1575 , au bras dexire ; nouvel exempte du danger pour l’observateur de s’en fier à sa mémoire. —Ensuite venait l'histoire de monsieur de la Croix, qui plus tard a suivi le sort de celle de monsieur Sarret (voyez tome 11, page SOQ) ; il faut dire pointant que l’édition de Ï573 ajoute CP documeht qui manque dans toutes les autres , que la blessure était à la ioinc- ticre du coude ; imiis quelle'confiance accor¬ der à ce renseignement donné de méHioiré plus de neuf ans après l’accidentl* et ne so peut-il pas que Paré ait attribué à M. de la Croix les conditions de la blessure de M. de Mansfelt, pour lequel nous venons de voir qu’il avait commis une autre erreur?

Quoi qu’il en soit, notre auteur ne man¬ quait pas, après ces histoires, do raconter . sa discussion sur le trajet de la sanie à tra¬ vers les vaisseaux, appuyée do la comparai-

DES MONSTRES ET PRODIGES.

sans auoir senti aucune douleur l’espace d’vn an ; lequel estant passé, luy suruint grande douleur au ven¬ tre, et pour-ce eut l’opinion de plu¬ sieurs médecins touchant ceste dou¬ leur, sans leur faire mention de ceste aiguille qu’elle auoit auallée : tou- tesfois aucun ne luy sceut donner al¬ légement : et vesquit ainsi l’espace de dix ans ; lors tout à coup par vn pe¬ tit trou prés du nombril , ladite ai¬ guille sort , et fut guarie en peu de temps.

Vn escolier nommé Chambellant , natif de Bourges , estudiant à Paris au college de Presle , aualla vn espy ' d’herbe nommé gramen, lequel sortit quelque temps apres entre les costes tout entier, dont il en cuida mourir: et fut pensé par défunt monsieur Fer- nel , et monsieur Huguet , Docteurs en la faculté de Medecine. Il me sem bleque c’estoit fort fait à Nature d’a- uoir expulsé ledit espy de la substance des poumons , auoir fait ouuerture à la membrane pleuretique, et aux muscles qui sont entre les costes : et neantmoins receut guérison : et croy qu’il soit encore viuant.

son des monte-vins, de celle du lait des femmes ilouvellemetlt accouchées qui s’é¬ coule par la matrice ; eti alléguant égale¬ ment l’exemple du chyle attité par le foie , de la sfemence parcourant les vaisseaux du testicule. On peut retrouver toute celte dis- Cussibn, avéc des changements insignifiants de rédaction, aux pages 501 et 502 de notre tome deuxième.

Après tout cela venait ensuite l’histoire de Vescoliev Chambellant , qui est la seconde du chapitre actuel. Quant à celle de Beni- vieni, elle a été ajoutée en 1576 , en môme temps que toutes les précédentes étalent supprimées.

1 Paré avait mis par erreur, deux ans; le texte de Benivieni porte , deeem annU.

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Cabrolle * , chirurgien de monsieur le Mareschal d’Anuille, n’agueres m’a certifié que François Guillemet , chi¬ rurgien de Sommieres , petite ville qui est à quatre lieues prés de Mont¬ pellier, auoit pensé et guéri vn berger auquel des voleurs auoientfaitaualler vn Cousteau de longueur d’vn demy- pied, et le manche estoit de corne, de grosseur d’vn pouce : qui fut l’espace de six mois en son corps, se plaignant grandement , et deuint etique , sec et émacié : en fin luy suruint vne aposteme au-dessous de l’aine, ieltant grande quantité de pus fort puant et infect , par laquelle en presence de la iustice fut tiré ledit Cousteau , lequel monsieur loubert , médecin célébré à Montpellier, gardé éri son cabinet , et l’a motistré à plusieurs, comme vne chose admirable, digne de grande mémoire , et monstrueuse. Ce que pareillement lacques GuiÜemeau , Chirurgien luré à Paris, m’a affermé auoir véu au cabinet de monsieur loubert, pour lors estant à Mont¬ pellier 2.

Monsieur de Rohan aüoit vn fol nom¬ Güion, qüi aualla la pointe d'Vhe espée tranchante, de longueur de trois doigts ou enuiron , et douze iours apres la ietta par le siégé : et ne fut sans luy adUenir de grands accident, tôutesfois réchappa : il y a des gen-

1 L’édition de 1573 disait monsieur Ca¬ brolle ; le monsieur a été retranché dès 1579, probablement parce que c’était trop d’hon¬ neur pour un chirurgien. Cabrol vivait en¬ core en 1595.

2 Cette dernière phrase , dans laquelle Paré appelle Guillemeau en témoignage, a été ajoutée en 1579 , et n’a pas été changée depuis. On volt que Guillemèau n’y est pas ehcoro nommé chirurgien du roi. Voyez tome II, page 799, la note 1 de la deuxième colonne.

LE DIX-NEVFIÎÎME LIVRE

4o

tils-hommes de Bretagne encore vi- nans qui la Iny virent aualler.

On a veu aussi à certaines fem¬ mes , l’enfant estant mort dans leur matrice , les os sortir par l’ombilic , et la chair par pourriture estre iettée par le col de leur matrice , et par le siégé , s’estant fait abcès ; ce que deux chirurgiens célébrés et dignes de foy m’ont certifié auoir veu à deux diuer- ses femmes.

PareillementmonsieurDalechamps en sa Chirurgie Françoise , recite qu’Albucrasis auoit traité vne dame de mesme chose , dont l’issue fut bonne, ayant recouuert sa santé, toutesfois sans porter enfans depuis.

Semblablement est vne chose bien monstrueuse de voir vne femme , d’vne suffocation de matrice estre trois iours sans se mouuoir, sans ap¬ parence de respirer , sans apparente pulsation d’artere : dont quelques vues ont esté enterrées viues,pensans leurs amis qu’elles fussent mortes.

Monsieur Fernel escrit d’vn certain adolescent, lequel apres auoir pris grand exercice, commença à toussir iusques à tant qu’il eust ietté vne j aposteme entière de la grosseur d’vn œuf, laquelle estant ouuerte fut trou- uée pleine de boue blanche , enue- loppée en vne membrane. Iceluy ayant craché le sang par deux jours , auec vne grande fiéure, toutesfois réchappa C

L’enfant d’un marchand drapier, nommé de-PIeurs, demeurant au coin de la rue neufue nostre Dame de Pa¬ ris, aagé de vingt deux mois , aualla vne piece d’vn miroir d’acier, qui descendit en la bourse, et fut cause de sa mort. Estant décédé , fut ou-

1 Le chapitre se terminait en 1673 et 1576; le reste est de diverses dates.

uert en la presence de monsieur le Gros, docteur regent en la faculté de Medecine à Paris, et l’ouuerture faite par maistre Balthazar, chirur¬ gien pour lors de rilostel-Dieu. Cu¬ rieux de la vérité , m’en allay parler à la femme dudit de-Pleurs , laquelle m’affirma !a chose estre vraye, et me monstra la piece de miroir qu’elle portoit en sa bourse ; qui esloit de telle figure et grandeur >.

Figure d’vne piece de miroir, qu'avalla vn en¬ fant aagé de vingt deux mois, qui fut cause de sa mort.

Valescus de Tarante médecin, en ses Obseruations médicinales et exem¬ ples rares, dit qu’vue ieune fille Vé¬ nitienne aualla vne aiguille en dor¬ mant, de la longueur de quatre doigts, et dix mois après la ielta par la vessie auec l’vrine

L’an 1578, au mois d’octobre, Tien- nette Chartier, demeurant à sainct Maur les Fossés , femme vefue aagée de quarante ans, estant malade d’vne fiéure tierce, vomit au commence¬ ment de son accès grande quantité d’humeur bilieux , auec lequel elle

1 Cette histoire a été ajoutée en 1685, de même que l’observation suivante de Va¬ lescus.

® Valescus de Tarente n’a point écrit d’ Observations médicinales; Paré cite par mégarde le titre d’un livre deRembert Do- doens , Medicinalium Observationum Exem- pla rara , àla suite duquel Dodoens a publié quelques faits extraits du Philonium de Va¬ lescus.

DES MONSTRES ET PRODIGES.

reietta trois vers, qui estoient ve¬ lus, et du tout semblables en figure, couleur, longueur et grosseur à che¬ nilles, sinon qu’ils estoient plus noirs: lesquels depuis vesquirent huit iours et plus, sans aucun aliment. Et furent iceux apportés par le barbier dudit sainct Maur à monsieur Milot,docleur et lecteur des escoles en Medecine, quipensoit lorsladite Chartier, lequel me les monstra. Messieurs le Féure, le Gros, Marescot, et Courtin Docteurs en Medecine, les ont aussi veus G

le ne puis encore passer que ne recite ceste histoire prise aux Chro¬ niques de Monstrelet , d’vn franc-ar¬ cher de Meudon près Paris , qui estoit prisonnier au Chastelet pour plu¬ sieurs larcins, dont il fut condamné d’estre pendu et estranglé : il en ap- pella en la cour de Parlement, et par icelle cour fut déclaré estrebien iugé et mal appellé. En mesme iour fut remonstré au roy par les médecins de la ville, que plusieurs estoient fort trauaillés et molestés de pierre, coli¬ que, passion et maladie de costé, dont estoit fort molesté ledit franc- archer, et aussi desdites maladies es¬ toit fort molesté monseigneur de Boscage , et qu’il seroit fort requis de voir les lieux lesdites maladies sont concreées dedans les corps hu¬ mains, laquelle chose ne pouuoit es- tre mieux sceuë qu’en incisant le corps d’un homme viuant : ce qui

1 Celte histoire a été ajoutée en 1.W6 , en même temps que la suivante. La place qu’elles occupent est une nouvelle preuve du peu de soin avec lequel Paré faisait ces additions; car évidemment cette histoire de vers rejetés par le vomissement revenait de droit au chapitre qui précède; et l’anecdote du franc archer de Meudon convenait beau¬ coup mieux au chapitre des pierres qui s’eu- gendreui au corps humain.

4i

pouuoit estre bien fait en la personne d’iceluy franc-archer , qui aussi bien estoit prest de souffrir la mort : la¬ quelle ouuerture fut faite au corps dudit franc-archer, et dedans iceluy quis et regardé le lieu desdites ma¬ ladies, et après qu’ils eurent esté veus, fut recousu, et ses entrailles remises de laus : et par l’ordonnance du roy fut bien pensé , tellement que dedans quelques iours il fut bien guari : et eut sa remission , et luy fut donné auec ce argent*.

CHAPITRE XVIII.

DE PLVSIEVRS AVTRES CHOSES ES- TRANGES.

Alexandre Benedict recite en sa Pratique, auoir veu vne femme nomi^eVictoire, laquelle auoit perdu toute* ses dents : et estant deuenue chauue, autres dents luy reuinrent toutes en l’aage de quatre vingts ans.

Antonius Beniuenius médecin , au liure 1. chap. 83, fait mention d’vn nommé lacques le larron , lequel es¬ tant décodé, luy fut trouué le cœur tout couuert de poil

Le fils de Bermon , Baille demeu¬ rant en la ville de S. Didier, au pais de Vellay , auoit vne loupe sur le sourcil de l’œil dextre, laquelle com- mençoit desia à l’offusquer et cou- urir, et partant voulut que i’en fisse amputation ( ce que ie fis il n’y a pas long-temps, et trouuay la loupe pleine

* On peut comparer cette citation avec le texte original de Jean de Troye.s, que j’ai donné dans mon Introduction, tome i, page cv. C’est à Jean de Troyes que Monstrelet avait emprunté cette anecdote.

2 Cette citation de Benivenius ne date que de 1585.

49 le DIX-NEVrilÉME LIVRE ,

diRpoil, aiiec vnemallere mucllagi- nfiiise : et en huit iours la playe fut totalement consolidée Estietme Tessier, maistre barbier ChimrgiendemeUrant à Orléans, hom¬ me de bien , et expérimenté eh son art, m'a recité que depuis peu de temps auoit pensé et médicamenté Charles Verignel, sergent demeurant à Orléans, d’vne playe qu’il auoit re- ceuë au jarret, partie dextre, auec incision totale des deux tendons qui fléchissent le jarret : et pour l’habil¬ ler luy fit fléchir la iamhe , en sorte qu’il cousit les deux tendons bout à bout Tvn de Tautre, et la situa et traita si bien , que la playe fut con¬ solidée sans estre demeuré boiteux : chose digne d’estre bien notée au ieune chirurgien , à fin que lorsqu’il lüy Viendra entre ses mains telle Chose , il en face le semblable.

Que diray-ie d’auantage ? C’^t que i’ay veu - plusieurs guaris, ayans des coups d’espées , de fléchés, d’harque- | htise au tt-auérs du corps ; d’autres j des playes à la teste, auec déperdition de la substance du Cèrueau : autres auoir les bras et les iambes empor¬ tées de coups de canon , neantmoins receuoir guarison ; et d’autres qui n’auoient que des petites playes su¬ perficielles , que l’on estimoit n’es- Ire Hen , toutesfois mouroient auec grands et cruels accidens. Hippo¬ crates au cinquième des épidémies, dit auoir arraché six ans apres vn

J’ai rétabli cette observation dans le texte